Les Jours d'avant

Synopsis

Dans une cité du sud d'Alger, au début des années 90, Djaber et Yamina sont voisins, mais ne se connaissent pas. Une fête organisée chez Hassen, désireux de rencontrer Yamina, va offrir à Djaber l'occasion de la croiser également. Mais en quelques jours, ce qui n'était jusque là qu'une violence sourde et lointaine éclate devant eux. Quelques jours après commencera la décennie de plomb...

Critiques

Le recours au diptyque, en traçant deux routes parallèles successives, fait attendre le moment où elles pourraient se rencontrer. [...] Les moments communs sont ainsi habités d’une tension inattendue, que le scénario et la mise en scène entretiennent avec brio, notamment avec l’utilisation des différents plans de l’image.

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Constamment au côté de ses personnages, "Les Jours d’avant" assume pourtant leur dimension fantomatique, pris qu’ils sont entre une mue inachevée et un avenir indéchiffrable.

Cahiers du Cinéma


Une fois n’est pas coutume, on ouvre aujourd’hui, techniquement, sur un court-métrage (47 minutes). Esthétiquement, on vous parle d’un film d’une magnifique délicatesse, dont la durée devient ipso facto indifférente. Karim Moussaoui, son auteur, est un cinéaste de 38 ans, qui s’inspire de son adolescence vécue en Algérie à une époque pas si lointaine où terrorisme et contre-terrorisme mettaient le pays à feu et à sang.

Il lui aura fallu attendre la maturité pour réaliser, en 2013, Les Jours d’avant. Le film revient d’une longue tournée, à juste titre remarquée, dans les festivals internationaux. Certains coups d’essai se révèlent des coups de maître. C’est ici le cas.

On est en 1994, à Sidi Moussa, cité naturellement enclavée, située à une vingtaine de kilomètres d’Alger. L’histoire est terriblement banale : un garçon et une fille, fréquentant le même lycée, semblent destinés l’un à l’autre puis passent inexorablement à côté l’un de l’autre. Cela nous est arrivé à tous.



Une société qui explose de l’intérieur

Ce qui ne nous est pas arrivé, en revanche, c’est de vivre une telle situation dans une société qui cloisonne à ce point les rapports entre les générations, les sexes et les hommes. Encore moins dans une société qui explose de l’intérieur, qui se déchire dans les affres de sa propre violence. Cela, en dépit de ce qui est venu récemment nous frapper et qui fait puissamment écho au film, nous ne l’avons pas vécu.

La force et la beauté de ces Jours d’avant sont de montrer, déjà, que cette barbarie naît de cette tension. C’est aussi de capter le moment où tout bascule et d’en faire une œuvre extraordinairement sensible, juste, suggestive. Mélancolique et violente. Laconique et fulgurante.

Douce et déchirante. L’intelligence de la mise en scène est de partager le récit entre ce qui est précisément destiné à ne jamais se rejoindre : les deux personnages principaux, non moins que la société à laquelle ils appartiennent. A cette société meurtrie, à cet amour avorté, répond donc un film divisé.

En deux chapitres, en deux points de vue. Le premier se nomme Djaber. Le second Yamina. Ce sont les noms des personnages. Le film raconte comment ils vont ne pas se rencontrer.

Djaber, adolescent méditatif et gracieux, hésite, sous l’influence d’un copain plus débrouillard, à s’incruster dans une fête. S’il le suit en définitive, c’est pour une fille belle, effacée et mystérieuse qu’il a croisée au lycée.


Cet empoisonnement de l’âme

Dans l’entre-deux de ce doute et de cette décision, mille détails nous auront permis de ressentir le contexte dans lequel vit le garçon. La barre d’immeubles où il réside. Le regard triste et impuissant de sa mère. Le silence où sont enfermés les gens. La mort qui rôde sous forme d’attentats sporadiques et inexpliqués. La nature et le paysage environnants, magnifiquement filmés comme des lieux empreints d’une longue familiarité et qu’il faudra pourtant quitter.

Surtout, ce récit à la première personne en voix off, au passé, qui ancre d’emblée l’action dans une époque non seulement révolue, mais aussi dans une interruption, qu’on pressent tragique, de l’écoulement ordinaire du temps. Ce sentiment de tristesse et d’amertume, cet empoisonnement de l’âme, est porté jusqu’au déchirement par la récurrence sur la bande-son de « Ah ! mio cor », vibrant lamento d’un cœur trahi extrait d’Alcina de Haendel.


Cause perdue

Puis vient le tour de Yamina. Un père policier dur comme la pierre, une mère malade, dont elle doit s’occuper avec sa sœur aînée. Elle aussi a hésité pour la fête, terrorisée par la menace paternelle, elle aussi y est finalement allée. On ne révélera pas ici ce qui s’y passe entre les deux jeunes gens. Disons seulement que le récit de Yamina se superpose à celui de Djaber, davantage qu’il ne le recoupe. A l’instar de leur histoire, à l’instar de leur vie. A l’instar de leur amour, que la barbarie et l’effroi empêchent de naître. Et voici atteint, avec l’aide convulsive de l’Histoire contemporaine algérienne, le désarroi assassin de La Passante de Baudelaire : « Car j’ignore où tu fuis/Tu ne sais où je vais/Ô toi que j’eusse aimé/Ô toi qui le savais ! » Ne cherchons pas ailleurs que dans cette cause perdue le lieu, à jamais indéfini, d’où nous parlent les voix du film.


Le Monde / Par Jacques Mandelbaum

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Festivals

Les Jours d'avant a été remarqué dans de nombreux festivals, notamment celui de Locarno en 2014, puis au Premier Plan d'Angers, où il remporta le grand prix du jury, ainsi que le prix de la meilleure actrice pour Souhila Mallem. La consécration viendra peut-être en cette nouvelle année, car il a été pré-nominé aux César 2015.

La décennie noire

Le film de Karim Moussaoui prend racine dans un contexte particulier, celui de la guerre civile algérienne qui débuta à partir de 1991. Les Jours d'avant évoque une période connue pour le réalisateur, qui à cette époque avait seulement 18 ans. Le metteur en scène précise : "Bêtement, je pensais que ce qui se passait était une histoire entre des gens au pouvoir et d’autres qui n’avaient pas pu l’atteindre. Quand les choses se sont gâtées, quand ça s’est rapproché de plus en plus, il n’y avait personne pour me rassurer."

Rencontre à Ouarzazate

Le scénario du film Les Jours d'avant a été rédigé lors de la première résidence d'écriture de Méditalents, au Maroc, à Ouarzazate dans le cadre d'un atelier d'écriture de scénario. C'est dans ce contexte que le réalisateur Karim Moussaoui et Virginie Legeay se sont rencontrés et ont décidé de collaborer afin d'écrire le film ensemble.

Sous l'eau

Les Jours d'avant a été tourné en grande partie sous un déluge de pluie, ce qui fut particulièrement compliqué pour l'équipe de tournage qui devait attendre des heures avant de pouvoir enregistrer la moindre scène.

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Cinéma Le Vagabond

3 Bis Bd de la république

10200 Bar sur Aube

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