Une femme iranienne

de Negar Azarbayjani

Synopsis

Bien que Rana soit une femme traditionnelle, elle est forcée de conduire un taxi à l'insu de sa famille pour rembourser la dette qui empêche son mari de sortir de prison. Par chance, elle rencontre la riche et rebelle Adineh, désespérément en attente d'un passeport pour quitter le pays et ainsi échapper à un mariage forcé. Les deux femmes vont s'aider mutuellement, mais Rana ignore qu'Adineh cache un lourd secret...

Entretien avec la réalisatrice et la                                                                     co-scénariste

Après avoir été projeté dans plusieurs festivals LGBT en France, mais aussi récompensé au festival Chéries Chéris en 2012 sous le nom de Facing Mirrors, le film Une Femme Iranienne sort demain au cinéma. À cette occasion, la réalisatrice Negar Azarbayjani et la productrice Fereshteh Taerpoor, qui ont co-écrit le scénario, sont venues présenter leur film dans plusieurs salles franciliennes et à Nantes. Yagg les a rencontrées.





Comment avez-vous eu l'idée d'écrire cette histoire, celle de la rencontre entre Rana, une femme contrainte de faire le taxi pour rembourser la dette de son mari emprisonné, et d'Eddie, un jeune homme trans' qui cherche à fuir sa famille pour partir à l'étranger?

Fereshteh Taerpoor: Parfois, on part du sujet pour aller vers l'histoire, mais parfois c'est l'histoire qui nous amène au sujet. Au départ, ce n'était pas notre but de faire un film sur les personnes trans'. Negar était venue me voir pour un autre projet et pendant une de nos discussions, elle m'a raconté cette histoire de quand elle était jeune adulte: elle avait vu une femme trans' dans son quartier et avait découvert à quel point c'était difficile d'être trans', que ce soit avant ou après son opération. De mon côté, j'avais depuis quelques années en tête cette histoire d'une femme dont le mari est en prison et qui prend des passagers dans une vieille voiture, qui fait le taxi de façon informelle. Elle rencontre différentes sortes de passagers, et l'un d'eux la fait se remettre en question. Quand Negar m'a parlé de son histoire et de ce souvenir, je lui ai dit que nous pouvions mixer ces deux histoires ensemble et l'idée du passager a surgi.


Comment avez-vous choisi Ghazal Shakeri et Shayesteh Irani, les deux actrices, pour incarner Rana et Eddie?

Negar Azarbayjani: Nous sommes passées par des chemins différents pour trouver l'une et l'autre. Ce n'était pas facile au départ, car nous étions très sensibles à ces deux personnages, nous voulions absolument la meilleure actrice pour jouer un homme trans', mais nous ne voulions pas quelqu'un qui avait un visage connu, ce qui rendait les choses plus difficiles. Pour Eddie, nous venions de commencer à écrire et j'ai parlé de ce projet de film à mon frère qui est aussi réalisateur. Il m'a dit qu'il connaissait une très bonne actrice pour ce rôle, qui faisait en l'occurrence plutôt du théâtre, mais qui avait quelques expériences devant la caméra. C'était Shayesteh Irani. J'ai mis l'idée de côté et au moment du casting, cela m'est revenue et j'ai voulu voir des photos d'elle. Elle ne ressemblait pas à la façon dont on la voit dans le film et je ne voyais vraiment pas Eddie sur son visage. Nous avons vu d'autres actrices, mais aucune ne collait alors finalement, nous l'avons rencontrée et nous avons vu qu'elle pouvait être Adineh, qu'elle pouvait être Eddie. Elle avait le physique qui correspondait, le bon corps, la bonne voix, et c'est une actrice très talentueuse. Pour le personnage de Rana, Ghazal Shakeri a rejoint l'équipe en tant que costumière, car c'est son métier, même si elle a déjà joué au cinéma. Elle m'aidait à trouver des lieux de tournage. Nous étions à la prison et on nous a demandé de porter le tchador. Elle l'a mis et là, j'ai vu Rana. À ce moment-là, j'ai su que c'était elle, c'était exactement comme ça que j'avais imaginé Rana. Je lui ai dit que je la voyais dans ce rôle. Au départ, elle n'était pas sûre car faire les costumes allaient lui prendre beaucoup de temps. Finalement elle a accepté, et elle a fait un excellent travail des deux côtés.


Est-ce difficile d'aborder le thème de la transidentité en Iran?

Fereshteh Taerpoor: Beaucoup de personnes trans' viennent des pays arabes pour avoir accès à une opération en Iran, qui leur permet aussi d'obtenir des papiers d'identité, un passeport (ndlr, l'Iran autorise les opérations de réassignation depuis une fatwa de l'ayatollah Khomeini dans les années 80). C'est quelque chose que l'on ne voit pas ailleurs. Je suis sûre que c'est très surprenant pour des pays comme la France, de voir que l'Iran autorise cela. Pourtant, c'était un risque de faire ce film. C'était la première fois que l'on faisait un film sur une personne trans' en Iran. Alors nous avons travaillé sur le scénario et nous avons essayé de penser à toutes les observations, les questions et les réponses que pourrait générer le film, plus particulièrement venant du gouvernement qui donne l'autorisation de faire le film. On ne peut pas faire de film sans avoir l'autorisation du ministère de la Culture, c'est possible pour les films underground, mais pour les grosses productions, il faut l'autorisation. C'est indispensable pour filmer dans la rue, dans les lieux publics. Quand nous avons envoyé le scénario au ministère, je n'y croyais pas trop, alors je leur ai donné une garantie pour nous laisser faire le film: si une fois fait, ils pensaient qu'il était dangereux de le diffuser, alors il ne le serait pas. Avec cette garantie, j'ai eu l'autorisation. Mais le personnage de Rana nous a aussi beaucoup aidé.


Pourquoi cela?

Fereshteh Taerpoor: Grâce à son personnage plus religieux, on pouvait imaginer les questions et les objections, et donc les inclure aux dialogues de son personnage. Normalement, quand on met un personnage positif et un négatif, ça rend les choses plus faciles. Mais nous ne voulions pas faire de Rana un personne positif et Eddie un personnage négatif, ni le contraire. Nous ne voulions pas faire de propagande sur les trans' et nous ne voulions pas propager de propos haineux. Voilà pourquoi le scénario a mis tant de temps à se faire: nous avons deux personnages normaux et réalistes, que le film ne juge pas.


Quelles conséquences a eu la diffusion du film?

Fereshteh Taerpoor: Avant de faire ce film, j'étais loin d'imaginer à quel point c'est difficile d'être trans'. Plein de belles choses sont arrivées quand nous l'avons montré, nous avons eu de très bons retours du public. Beaucoup de jeunes trans' sont venu.e.s nous voir pour nous dire que c'était la première fois qu'ils/elles pouvaient dire ouvertement qu'ils/elles étaient trans'. Ils/elles ont demandé à leurs ami.e.s de venir voir le film pour mieux les comprendre. Des gens ont changé d'avis en voyant le film. Dans beaucoup de pays, en particulier des pays islamiques, cela peut être utile de montrer ce film. En Iran, il y a eu quelques projections, mais aussi des débats et de très bonnes critiques du film. Même dans la très religieuse ville de Qom, il y a eu des projections.


La fin du film est assez surprenante car positive d'une certaine manière. Pourquoi ce choix, alors que l'histoire aurait pu se terminer de façon très tragique?

Fereshteh Taerpoor: Je n'aime pas les fins tristes.

Negar Azarbayjani: En écrivant le scénario, nous pensions que ce serait bien qu'on ne sache pas comment ça se termine. Nous voulions de l'espoir. Nous aurions pu laisser les personnages malheureux, mais ce n'était pas notre but. Nous voulions que le public comprenne que si on cherche à comprendre, à aider, à se battre pour quelqu'un d'autre, ça se termine forcément bien. C'est un souhait, pas forcément la réalité. Mais on espère qu'un jour, ça arrivera.

Fereshteh Taerpoor: Au delà des différences, il y a la possibilité de devenir ami.e.s quand on regarde dans son coeur. Pour moi, quand il y a une amitié pure, il n'y a pas de fin triste.


Maëlle La Corre

Yagg Magazine



Critiques

Un espoir fou, peut être candide, traverse ce premier film sensible et culotté. Réalisé par une femme, bravade ultime en Iran.

Sandra Benedetti - L'Express


Un Taxi à Téhéran. On n’est pas chez Jafar Panahi, mais chez Negar Azerbayjani, réalisatrice quadragénaire qui a réussi l’exploit de réaliser une œuvre sur les transgenres au pays des Shahs où l’homosexualité est bannie, réprimée et punie de la peine capitale, avec l’autorisation du ministère de la culture local. En s’intéressant au destin croisé de deux femmes qui se rencontrent accidentellement à bord du taxi que conduit dans l’opprobre l’une d’entre elles afin d’éponger les dettes de son époux, incarcéré, la réalisatrice évoque surtout un fait méconnu des Occidentaux. Dans la république islamisque d’Iran, les intersexes, nés avec le tiraillement psychologique d’être mentalement d’un sexe autre que celui imposé par leurs corps, sont reconnus. Ils peuvent subir une opération pour changer de genre. Un bon moyen, hypocrite, d’éviter les relations entre personnes du même genre. Ce n’est pas pour autant que la population locale (re)connaît les luttes et souffrances quotidiennes de ces marginaux qui souffrent du diktat patriarcal et de l’incompréhension générale d’une société qui ne voit que déviance ou provocation à l’égard de la sacrosainte famille et des textes religieux.

Avec un souci de vérité documentaire, la réalisatrice dresse un parallèle entre ces deux destins de femmes iraniennes qui vont apprendre à s’entre-aider dans un monde qui impose le voile sur les chevelures féminines. Etre femme, oui, mais pas trop, du moins aux yeux des autres hommes. Cela tombe bien, Adineh se sent homme, réfute donc le voile et se tond ces cheveux qui symbolisent une sensualité à réserver, dans le privé, aux heureux maris. Dans l’espoir de l’opération, elle doit fomenter un plan d’évasion pour échapper au joug du père qui compte la marier. Son courage, sa générosité, son humanité vont convertir Rana, chauffeuse de taxi un peu récalcitrante au premier abord, à sa cause. L’entre-aide féminine ? Il y a de cela.

Avec des plans forts, notamment quand les corps disparaissent pour céder la place aux voix d’une narration témoin de la société iranienne, le film séduit. Il réaffirme les limites d’une société rigide où la liberté d’être subit le camouflet de la rigueur étatique et islamiste. Pour les Occidentaux, le réalisme est toujours une réponse à notre curiosité (voir comment vit un peuple sur lequel portent tellement de fantasmes) et la réalisatrice prêche à ce niveau à des convertis. De notre point de vue, on déplorera des dialogues dans l’explicitation et la récitation scolaire d’une situation, législative et biologique, qui à nos oreilles ne sont que maladresses, mais qui, on l’espère, auront eu une portée minimale lors de la sortie de cette oeuvre dans son pays de production, en 2012.

Frédéric Mignard - aVoiraLire.com



La réalisatrice

Le dossier de presse

Dossier de Presse
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