SOLEIL DE PLOMB

de Dalibor Matanic

Synopsis

Soleil de Plomb met en lumière trois histoires d'amour, à travers trois décennies consécutives, dans deux villages voisins des Balkans marqués par une longue histoire de haine inter-ethnique. Soleil de Plomb est un film sur la fragilité - et l'intensité - de l'amour interdit.

Dossier de presse

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Critiques

Sous la forme de fragments, correspondant à trois âges des relations serbo-croates, Soleil de plomb met en scène les tensions de deux peuples ennemis confrontés à la pulsion amoureuse qui peut jeter deux personnes l’une vers l’autre. En évitant tout didactisme, Dalibor Matanić réussit un film politique d’une grande sensualité, qui porte un regard charnel sur les Balkans.

 

Trois états politiques

 

Les temps qui constituent le film sont interprétés par les mêmes acteurs, incarnant des personnages différents, dans les années 1990, 2000 et 2010. Trois histoires d’amour entre de jeunes gens, qui tournent mal, sont troublées ou au contraire ouvertes, sur un même territoire militarisé, politisé ou apaisé. Ce découpage et cet agencement, qui inversent en permanence les positions entre les acteurs (les nationalités, les caractères, les relations désirant-desiré), troublent un temps la perception des positions de chacun et appuie l’idée d’une situation absurdement tragique. Le film illustre aussi une évolution historique résolument dénouée, une inscription culturelle finale plus hédoniste et européenne, un rapport à l’autre et au groupe moins conflictuel, festif et euphorique.

 

Trois nuances de chaud

 

Mieux, le conflit interethnique est filmé dans une incarnation particulièrement sensuelle, un rapport au monde sensible et incarné – et c’est là la véritable force du film. La tension amoureuse s’exprime sous la forme d’une sensualité sourde, d’un étouffement qui serait moins le produit d’une température que d’un tempérament sous pression. On sent la tendresse, l’attraction, ou la répulsion des personnages à de petits détails de mise en scène : une gestuelle un peu plus appuyée, des sons légèrement rehaussés, des peaux plus luisantes qu’à la normale. L’élan intérieur des personnages l’un vers l’autre, étouffé par les frontières politiques, historiques et sociales, se mesure en regards obliques, en embrassades ou en transpiration. Le fragment central en particulier est entièrement construit sur un jeu d’attraction-répulsion, dans le petit huis clos d’une maison rurale à retaper, où la haine et l’interdit nourrissent une pulsion sexuelle d’une intensité rare au cinéma : à l’issue d’une longue observation de l’homme travaillant le bois d’un volet, dans la chaleur d’un intérieur, irritée et excitée par le bruit du ponçage, la jeune femme ne peut retenir son élan et fond littéralement sur lui. Au-delà du face-à-face amoureux, le réalisateur enrobe ses Balkans d’un souffle chaud plus global qui exacerbe l’attention au lieu : un panorama apaisant, la torpeur estivale d’une cabane, la longueur d’une route au soleil - comme si le territoire entier était pétri de cette tension interne qui anime les personnages. Une très belle scène est réinterprétée à trois reprises, celle d’un bain dans un étang, où les corps nus, coupés en deux par la ligne de flottaison, sont déformés d’un côté par l’eau, gonflés de l’autre par le soleil. Ce moment, d’une plénitude suspendue, plastiquement impeccable, est à image du film : suave, fracturé, incandescent.

 

Critikat/ par Axel Scoffier

Anecdotes de tournage

Déclic

C'est en entendant les mots de sa grand-mère que le réalisateur a eu le déclic pour un jour réaliser un film sur les haines inter-ethniques entre serbes et croates : "Le déclic a eu lieu lorsque je me suis rappelé ce que me disait ma grand-mère lorsque nous parlions de mes petites-amies : « tant qu’elle n’est pas l’une des leurs... » Elle souhaitait que j’évite de fréquenter des jeunes filles serbes. Ma grand-mère m’a toujours manifesté un amour et un soutien inconditionnels, et je trouvais cette attitude contradictoire, perturbante".

 

Histoire personnelle

Les histoires d'amour racontées dans le film ont une résonance particulière pour le réalisateur Dalibor Matanic, puisque des mariages mixtes serbo-croates au sein de sa propre famille se sont disloqués notamment en raison de cette différence.

 

Mêmes visages, autres histoires

Bien que les trois histoires d'amour présentées soient différentes, ce sont les deux mêmes acteurs qui interprètent les trois couples, Tihana Lazovic et Goran Markovic. Les seconds rôles se retrouvent également dans les différentes séquences, faisant fonctionner le film comme un cycle aux motifs répétitifs.

 

Récompense prestigieuse

Soleil de plomb a conquis le Festival de Cannes en 2015, puisqu'il a obtenu le Prix du Jury dans la sélection Un Certain Regard.

 

 

 

Entretien avec le réalisateur Dalibor Matanic

Vous avez vécu les décennies durant lesquelles se déroule l’action de vos films – comment cela a-t-il affecté votre manière d’approcher ce sujet ?

 

Le déclic a eu lieu lorsque je me suis rappelé ce que me disait ma grand-mère lorsque nous parlions de mes petites-amies : « tant qu’elle n’est pas l’une des leurs... ». Elle souhaitait que j’évite de fréquenter des jeunes filles serbes. Ma grand-mère m’a toujours manifesté un amour et un soutien inconditionnels, et je trouvais cette attitude contradictoire, perturbante. Moi-même, j’avais déjà pu observer des actes de discrimination ethnique, religieuse, politique et sociale, des comportements intégrés et banalisés au fil des générations qui ont causé tellement de souffrance par la suite. Je voulais voir s’il était possible de placer l’amour au-dessus de tout dans un environnement comme celui-là, s’il était possible de plonger dans l’étape la plus pure et la plus essentielle de la vie humaine. En d’autres termes, je voulais me confronter, de manière cinématographique, à cette déclaration effrayante faite par quelqu’un qui m’était si cher. 

 

Quelle était votre motivation lorsque vous avez choisi cette histoire particulière ? Et pourquoi le faire maintenant ?

 

Le problème des haines inter-ethniques ne cessera jamais d’être d’actualité. Il y a cinq ou six ans, quand j’ai commencé à travailler sur ce projet, l’environnement social était plus calme. Malheureusement pour nous, mais heureusement pour l’actualité du film, la haine est quelque chose dont nous sommes témoins quotidiennement, non seulement dans la région des Balkans mais partout ailleurs. S’il ne s’agit pas toujours de haine envers une autre culture, cela peut-être à l’encontre d’une autre religion, d’une stratégie politique différente, d’une orientation sexuelle différente, ou même d’un voisin avec une voiture plus coûteuse, et ainsi de suite. Il y a beaucoup de raisons qui permettent d’expliquer la xénophobie, car il est plus simple d’exprimer un sentiment négatif qu’un sentiment noble tel que l’amour ou la compassion. Avec ce film, je veux que ceux qui haïssent puissent se voir tels qu’ils sont ; ce film est en accord avec ce que je suis, j’ai donc la conscience tranquille. Je veux qu’ils se regardent dans ce miroir cinématographique et qu’ils se demandent s’ils sont véritablement heureux de cette situation, s’ils sont heureux de haïr des gens, quels qu’ils soient.

 

Êtes-vous parti à la recherche de témoignages sur les tensions ethniques pour écrire le scénario ? Ou bien avez-vous fait ces recherches en vous-même et à partir de vos propres expériences ?

 

Plusieurs mariages dans ma famille sont mixtes et ils se sont tous terminés en partie pour cette raison. Je remarque souvent les choses autour de moi, parfois de manière involontaire mais elles finissent toujours par prendre possession de moi. En assistant au malheur des autres, j’ai remarqué qu’il prenait souvent racine dans le conformisme de masse, ou dans la faiblesse humaine qui fait que les gens vivent comme des moutons, à l’abri au sein de leur troupeau, incapables de lever la tête et de s’élever au-dessus de leur routine quotidienne. En observant le monde qui m’entoure, j’ai tendance à remarquer aussi bien les désirs les plus bas que les sentiments les plus nobles et je suis souvent enclin à m’attaquer à des sujets particulièrement douloureux.

 

Les mêmes acteurs jouent trois couples différents – Ivan et Jelena, Nataša et Ante, et Luka et Marija. Comment ont-ils reçu ces trois histoires qui sont très différentes ?

 

Naturellement c’était un challenge pour eux, et ils ont été formidables : travailleurs, courageux et ouverts d’esprits – prêts à tout explorer. Je souhaitais faire apparaitre de subtiles différences entre les personnages, tout en mettant en avant l’idée que, à travers leurs visages identiques, nos trois couples partageaient un même amour. J’aime beaucoup travailler avec les acteurs et j’essaie toujours de les mettre à l’épreuve délibérément, et peu importe la difficulté de la tâche, ils aiment ce processus.

 

Vous avez également utilisé les mêmes acteurs pour jouer les personnages secondaires dans chaque histoire.

 

De nombreux éléments dans ce film ont pour objectif de fonctionner au niveau du subconscient, à partir d’éléments visuels répétés, jusqu’à l’utilisation des mêmes acteurs et lieux, de telle manière que l’histoire apparaît non comme linéaire, mais comme un cycle qui se répète. Le monde ne cesse de changer mais de temps en temps les fantômes du passé viennent nous surprendre sans crier gare alors que nous pensions vivre à une époque moderne et progressiste. Les acteurs secondaires avaient tout à fait conscience que, en suivant ces trois couples à travers trois décennies, nous poursuivions une énergie ; un désir ardent d’amour qui essaie de surpasser l’Histoire et pour lequel il faut se battre sans cesse.

 

Il est incontestable que filmer le passé récent est une tâche ardue – bien plus difficile d’une certaine manière que de tourner un film se déroulant au 19e siècle. À quels obstacles avez-vous été confronté ?

 

Nous avions tout à fait conscience des problèmes qui peuvent se présenter lorsque l’on essaie de reconstruire trois décennies pas si éloignées de nous, mais le lieu de tournage était idéal, car le temps y avait été, d’une certaine manière, suspendu. Là-bas, on ne peut pas clairement identifier l’époque à laquelle on se trouve, on a le sentiment d’être de nos jours, mais il y a quelque chose qui donne l’impression que le village s’est endormi, ce qui fait l’effet d’un voyage dans le passé. Mis à part les usines en ruines, les pâturages déserts, les maisons vides et par-dessus tout, l’absence de personnes, ce qui m’a le plus choqué, c’était que ces lieux n’avaient pas changé depuis la « Guerre de la Patrie ». Et malheureusement, on peut encore sentir l’odeur de la haine dans l’air ou celle des tragédies humaines qui se cachent derrière les façades des maisons abandonnées. Nous avons tout de suite su que nous avions posé notre caméra au bon endroit.

 

De quelle manière le paysage et la nature ont-ils influencé le film ?

 

La phrase que je répétais le plus durant le film était : « Amusez-vous ! » Je pense que c’est vraiment une bénédiction de pouvoir porter la caméra dans le monde de la nature, de pouvoir sentir son rythme primitif et intact – c’est un contraste très puissant avec la frénésie dans laquelle nous vivons. Comme nous nous posions la question de savoir si l’amour pouvait dépasser tous les obstacles, nous avons dû nous plonger dans un environnement sauvage, trouver un rythme propre et intérieur à la caméra et nous immerger dans les personnages et les images. Avec sa beauté à la fois brute et provocante d'une part, et sa tranquillité d'autre part, la nature elle-même a considérablement influencé notre photographie, en particulier quand nous filmions des personnages. Entourés de la splendeur des siècles passés, nous nous sommes plongés dans l’histoire de nos personnages, à la recherche de leur beauté intérieure. Quand on attend que le soleil se lève sur une magnifique montagne à cinq heures du matin, on ne peut s’empêcher de penser à ce qu’on pourrait faire pour apporter un peu de bonheur et d’optimisme dans notre entourage. 

 

L’écrivain irlandais James Joyce a dit une fois : “l’Histoire est un cauchemar dont on essaie de se réveiller”. Êtes-vous d’accord ?

 

Joyce a passé une partie de sa vie en Croatie. Peut-être que cette citation était en partie inspirée de son expérience croate ! (rires) Je dis toujours que le cinéma n’est pas seulement un divertissement, contrairement à ce qu’on essaie de nous faire croire, mais aussi un instrument puissant. Nous avons seulement à élever nos standards et à remettre en question l’époque dans laquelle nous vivons. En me rendant compte que beaucoup de souffrances du présent prennent leurs racines dans le passé, j’ai décidé, en tant que réalisateur de films, de m’opposer à cela. À chaque fois qu’un écho du passé essaie de stopper nos jeunes couples, nous arrêtons le film et essayons de donner à un nouveau couple une nouvelle chance à une période différente de l’Histoire. L’art enrichit le présent de la même manière qu’il a enrichi le passé, il doit être courageux et irrévérencieux et refuser toute vision matérialiste et pragmatique de la vie. Au bout du compte, les nations, les politiques, les richesses matérielles, tout cela n’a pas d’importance. Je ne crois qu’aux plus grands des principes humains. L’amour en fait partie.

 

Comment pensez-vous que le film sera reçu en Croatie et dans les Balkans ?

 

Je pense que tous ceux qui ont laissé leur vie être dominée par la haine et le mal détesteront ce film, mais ils devront s’y confronter. Cette confrontation est exactement ce que je recherchais. Et lorsqu’ils se regarderont dans ce miroir cinématographique, j’aimerais qu’ils se rappellent chaque seconde ce qu’ils ont perdu à envoyer des énergies négatives dans le monde. Je pense que cela sera très intéressant. Malheureusement, l’intolérance ne disparait pas d'un coup, ce qui rend le film très actuel. Néanmoins, au plus profond de moi-même, je suis plutôt optimiste et je crois qu’un fond d’humanité se cache dans le coeur de la majorité des gens, et que tous ceux qui sont capables d’amour aimeront ce film.

 

Quels sont vos projets ?

 

Soleil De Plomb n’est que le premier volet de la « Trilogie du Soleil ». Mon prochain projet, L’Aurore, remettra en question la force des liens émotionnels d’un côté, et la cupidité, qui est un des plus anciens et des plus bas des désirs humains, de l’autre.

 

Comme au cinéma.

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A partir du 18/10

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