MADEMOISELLE

PARK CHAN-WOOK

Synopsis

Corée. Années 30, pendant la colonisation japonaise. Une jeune femme (Sookee) est engagée comme servante d’une riche japonaise (Hideko), vivant recluse dans un immense manoir sous la coupe d’un oncle tyrannique. Mais Sookee a un secret. Avec l’aide d’un escroc se faisant passer pour un comte japonais, ils ont d’autres plans pour Hideko…

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Critiques

"Mademoiselle" convoque tout Park Chan-Wook en un seul film ivre de cinéma. Si majestueux, si précis, si beau qu'il en deviendrait presque intimidant.

Cinema Teaser

 

Dès les premiers plans, qui alternent la pluie et le beau temps dans des images somptueuses, tout est clair : on sait qu'il s'agira d'un thriller rutilant, fortement teinté de mélodrame.

Premiere

 

Le cinéaste coréen excelle dans ce va-et-vient entre la délicatesse et le décadent, entre le cru et l’esthétisation, sachant se faire délicieusement trivial en confrontant « l’idée » à sa représentation, poétisant le vulgaire et injectant la vulgarité dans le poétique.

Culturopoing.com

 

 

 

 

Eros et Thanatos jouent à la poupée

 

Avec Mademoiselle, Park Chan-wook signe certainement son chef-d’œuvre. Il a été présenté en compétition à Cannes, dont il est reparti avec une récompense technique.

 

Sélectionné pour être l’entrée sud-coréenne retenue en compétition au dernier Festival de Cannes, Mademoiselle est le premier thriller en costumes de Park Chan-wook. Cette adaptation littéraire est librement inspirée de la romancière britannique ouvertement homosexuelle Sarah Waters (livre publié en français en 10-18 sous le titre « Du bout des doigts). L’histoire originelle du livre (paru en 2002 et qui apporte alors à son auteure une consécration qui lui permet d’être élue auteure de l’année) se situe en 1862, mais le réalisateur la transpose dans la Corée des années 1930, sous la domination japonaise. L’histoire devient celle des rapports entre une jeune femme japonaise, Hideko, vivant luxueusement en recluse dans une propriété isolée imaginaire avec un oncle tyrannique et d’une Coréenne, Sookee, engagée pour être sa bonne à tout faire. Mais Sookee a un secret. Avec la complicité d’un escroc se faisant passer pour un comte, elle a d’autres ambitions que de demeurer domestique jusqu’à son trépas.

 

Comme on peut aisément le constater dans ce tour de force visuel, nous sommes là dans un baroque de conte fantastique libertin se situant entre l’univers de Donatien Alphonse François de Sade (plus connu sous l’appellation du Divin Marquis) et celui de Leopold von Sacher-Masoch, cet écrivain hanté par les récits de sa nourrice Handscha. Rien ne manque de cet univers, ni les épreuves à franchir dans la tradition du roman courtois, ni les douves symboliques, ni la rivalité entre couches sociales, ni l’attrait du luxe se doublant de celui pour la luxure saphique et la misandrie. Tout ici n’est qu’amour, violence et volupté, doublés d’une attirance pour la langue, assertion que l’on peut prendre dans son double sens, celui vulgairement physique car nous sommes à la limite de ce que la stricte censure coréenne peut autoriser au cinéma et celui plus intellectuellement grammatical, car, entre voix off de commentaire et discours directs, la glotte des interprètes n’est jamais au repos. Le film est en trois parties qui représentent les points de vue des personnages. L’approche n’en est pas évidente, et il faut laisser du temps au temps pour s’en imprégner. Mais, à l’arrivée, quel régal, indépendamment du sexe du spectateur, le film n’étant pas réservé aux mâles rompus à la lecture des 120 Journées de Sodome et de la Philosophie dans le boudoir.

 

Outre les diaprures somptueuses des décors qui nous ont véritablement envoûtés, on remarquera l’interprétation de Kim Min-hee dans le rôle de lady Hideko, celle de Ha Jung-woo (comédien déjà vu dans les films de Park Chan-wook et qui tient dans celui-ci le rôle de l’escroc), et celle, tant elle nous a semblé convaincante, de Kim Tae-ri, qui fait ses débuts à l’écran dans le rôle de la servante. Outre le travail de Park Chan-wook, réalisateur né en 1963 et auteur d’une dizaine de films, dont on a précédemment remarqué le talent dans Old Boy et Sympathy for Mr Vengeance – mais il signe cette fois son chef-d’œuvre –, on a plaisir à retrouver ses collaborateurs réguliers que sont Chung Chung-hoon à la photo, Kim Jae-bun et Kim Sang-beom au montage serré et minutieux, et Ruy Seong-Hee aux décors, cette dernière ayant été primée à Cannes par la CST (commission supérieure technique).

 

Alfred Hitchcock nous avait prouvé avec son film Fenêtre sur cour à quel point le voyeurisme est sujet à la contagion. Avec Mademoiselle, Park Chan-wook nous démontre à son tour que cette MST n’est pas limitée au continent européen. Aux États-Unis, on sait que les frères Wachowski, les jumeaux réalisateurs de Bound, à la suite de l’intervention chirurgicale qu’ils revendiquaient, sont devenus des sœurs. L’histoire de la génétique révélera-t-elle aussi un jour que parler des frères Lumière était un abus de langage ?

 

l'Humanité

DERRIÈRE LE DÉCORUM, par Adrien Mitterrand

 

Park Chan-wook a souvent été malmené dans nos colonnes. Avant même le Grand Prix du Festival de Cannes qui lui fut décerné en 2004 pour Old Boy, deux camps s’étaient formés à son sujet : d’un côté ceux qui le considéraient comme un auteur maniant avec brio les extravagances formelles, de l’autre ceux qui ne voyaient dans son cinéma qu’une accumulation d’effets de manche tape-à-l’œil. Dans les deux cas néanmoins, un même constat se dessine : Park Chan-wook est un cinéaste inégal qui a pour principe d’en faire trop, misant sur l’accumulation et le surlignage constant. Mademoiselle ne sera peut-être pas l’occasion d’une réconciliation, tant on y retrouve les procédés habituels du cinéaste. Mais comme cela pouvait se pressentir avec ses précédents films, Park Chan-wook semble bel et bien engagé à tordre les codes des genres qu’il explore, afin d’en extraire des enjeux plus profonds qu’il n’y paraît.

 

Adapté d’un roman dont l’intrigue se situe en Grande-Bretagne victorienne, Mademoiselle est déplacé par son réalisateur au début du XXème siècle en Corée, alors que le pays est sous domination japonaise. Sookee intègre la grande propriété d’un notable coréen sous couvert d’un poste de servante auprès de sa richissime nièce japonaise, la véritable raison de sa présence tenant en réalité au rôle essentiel qu’elle joue dans un complot visant à capter l’héritage de cette dernière. Ce point de départ, révélé dès les toutes premières minutes du film, sera par la suite malmené par de nombreux retournements de situation redistribuant les cartes de l’intrigue. Au terme de l’histoire, rien ne restera dans l’ombre : pas un seul mystère, pas un doute quant aux motivations des personnages. Cette habitude de vouloir systématiquement tout expliquer peut certes donner l’impression d’un cinéma mécanique, dont le panache stylistique tendrait à masquer une certaine froideur. Mais on peut tout autant y discerner une volonté de s’affranchir de l’intrigue comme seul accomplissement du film. Park Chan-wook viserait alors plus qu’une simple succession de surprises scénaristiques, comme en témoignerait notamment la troisième et dernière partie du film.

 

Jeux de dupes

 

Revenons sur le cas de son Thirst (2011), qui connectait la figure du vampire aux grands thèmes de la religion catholique. Le protagoniste, à la fois prêtre et vampire, devenait d’une certaine manière plus chrétien que jamais par sa damnation, condamné à pécher et se repentir éternellement de sa monstruosité finalement bien humaine. À l’opposé de cette mode américaine actuelle consistant à une mise en image premier degré de superstitions prises au pied de la lettre (Paranormal Activity, Conjuring, The Witch…), Thirst utilisait les poncifs du genre pour mettre en exergue les contradictions d’une religion, par le biais d’un de ses mythes les plus célèbres.

 

Dans le cas de Mademoiselle, l’exercice est en quelque sorte du même ordre : utiliser les mécaniques du thriller pour révéler cette fois la nature d’un affrontement social. Dans ce style de thriller, l’enjeu est souvent de dévoiler les rapports de force entre les personnages, jusqu’à ce que l’un d’entre eux finisse par l’emporter sur les autres. C’est bien le cas ici, sauf que la sincérité d’une relation amoureuse imprévue va jeter un nouvel éclairage sur la nature véritable des principaux acteurs du complot. Les profiteurs de la collaboration avec les japonais, que ce soit le bourgeois parvenu cherchant à préserver ses privilèges ou l’exploiteur profitant de la situation, se révèlent être avant tout des hommes. Face à eux, la riche Hideko n’est formée que dans le but de devenir l’esclave sexuelle de son oncle, alors que Sookee se voit cantonnée au rôle de simple pion au cœur d’un plan dont elle ne tirera que bien peu de bénéfices.

 

Le sadisme en question

 

Des liens entre les filmographies de Park Chan-wook et Quentin Tarantino, président du jury cannois qui avait justement remis le prix à Old Boy, ont souvent été relevés. Après la réponse certainement involontaire de Lady Vengeance à Kill Bill, on peut encore une fois relever les liens qui unissent Mademoiselle aux Huit Salopards. De part et d’autre, le décorum de cinéma se craquelle peu à peu pour révéler les processus d’une violence terrible. Mais malgré ses saillies gores et ses nombreuses évocations sadiennes, le film de Park Chan-wook n’est pas aussi sadique que Les Huit Salopards, car il se construit sur une opposition esthétique plus qu’il ne cède à la noirceur. En effet les anciens maîtres se retrouveront cantonnés à la laideur morbide du sous-sol au-dessus duquel ils bâtissaient leurs mensonges, tandis qu’à l’inverse, la sincérité d’un amour érotisé à l’extrême sera célébrée avec toute l’outrance dont Park Chan-wook est capable.

 

Si les quelques irruptions burlesques qui surgissent ça et là pourront à nouveau être interprétées comme une forme d’ironie, voire de détachement, force est de noter que l’amplitude entre comique et gravité tend à se réduire au fil des films : la farce est toujours au programme, mais elle n’est plus vraiment drôle. C’est ainsi que face à la continuité qui se tisse entre Lady Vengeance, Thirst, et maintenant Mademoiselle (oublions Stoker, sa tentative américaine ratée), il semble de plus en plus illégitime de ne voir en Park Chan-wook qu’un spécialiste de l’épate puisant ses idées à droite à gauche. Son cinéma, par les explorations dans lesquelles il nous engage, ne manque décidément ni d’audace, ni de cohérence.

 

Critikat

Park Chan-wook : "Se dire féministe est en soi une façon de changer le monde"

(franceculture emissions)

Entretien

Park Chan-wook : “Pour un Coréen, la culture japonaise a quelque chose d'effrayant”

 

Le réalisateur de “Old Boy” revient avec “Mademoiselle”, une somptueuse histoire d'amour et de sexe entre une aristocrate et sa servante dans la Corée des années 1930 colonisée par le Japon.

Après une première expérience à Hollywood, pour tourner le thriller néohitchcockien Stoker, le réalisateur coréen Park Chan-wook est revenu au pays pour son premier film en costumes. Mademoiselle, présenté en compétition au festival de Cannes 2016, est l’adaptation du roman de l’Anglaise Sarah Waters, Du bout des doigts (éd. 10/18), un pastiche à la fois malicieux et très émouvant de Dickens, où un érotisme torride vient pimenter un récit d’initiation riche en coups de théâtre. Le cinéaste a repris les grandes lignes de ce livre irrésistible, à savoir l’histoire d’une jeune pseudo-domestique qui tombe follement amoureuse (et vice versa) de la belle aristocrate qu’elle croyait manipuler. Une différence toutefois : l’action ne se déroule plus près de Londres en 1862, mais en Corée, soixante-dix ans plus tard. Explications de Park Chan-wook, rencontré à Paris en octobre dernier.

 

Pourquoi avoir transposé l’intrigue du roman dans la Corée occupée par le Japon des années 1930 ?

A l’origine, je pensais rester davantage fidèle au livre, et laisser l'histoire dans un manoir anglais à l’époque victorienne. Mais j’ai découvert qu’il existait déjà une minisérie de la BBC adaptée de Du bout des doigts [réalisée en 2005, ndlr]. J’avais peur d’une redite, si je persévérais dans mon idée de rester en Angleterre, d'autant que la série a été beaucoup vue et a de nombreux fans. Je devais toutefois rester fidèle au climat du livre : il me fallait une société avec un rapport de classes très marqué où l’aristocratie joue encore un rôle important et emploie de nombreuses servantes ; il me fallait aussi une époque où la littérature érotique circule encore sous le manteau tant elle est jugée sulfureuse, et où l’asile psychiatrique était aussi inquiétant que dans un roman de Dickens.

La Corée des années 1930 s’est naturellement imposée : c’est une époque où le pays était encore très traditionnel, mais où la modernité pointait, sous l’influence de l’occupant japonais mais aussi de l’Occident – c'est ce que symbolise le décor principal du film, le manoir de l’oncle Kouzouki, qui associe meubles anglais et tatamis. Kouzuki incarne cette admiration d’une certaine bourgeoisie coréenne pour la civilisation nippone. Quand l’arnaqueur (un Coréen qui se fait passer pour un comte japonais !) lui demande pourquoi il est « si urgent de devenir japonais », il lui répond : « Parce que la Corée est horrible, et le Japon, magnifique. » 

La colonisation japonaise en Corée, jusqu’à la fin de la Seconde Guerre mondiale, a été si violente, que les rapports entre les deux pays restent, aujourd’hui encore, très tendus. Quel est votre rapport à la culture nippone ? 

Pendant mon enfance et mon adolescence, dans les années soixante et soixante-dix, tout ce qui venait du Japon était interdit – je n’ai eu accès au cinéma de Kurosawa et d’Ozu qu’après mes études à l’université ! La génération de mes parents a vécu la colonisation japonaise et en a souffert. Même si je ne l’ai pas vécue moi-même, j’en ai beaucoup entendu parler…

La culture japonaise, comme toutes les cultures du monde, a une beauté qui lui est propre. Mais pour un Coréen, en raison de l’histoire douloureuse entre les deux pays, elle a aussi quelque chose d’effrayant. Je prends l’exemple du kimono. Quand le tissu est de qualité, quand la coupe est soignée, c'est une splendeur. Mais nombre de Coréens ne peuvent s’arrêter à la seule beauté de cet objet typiquement japonais : ils vont aussi penser aux horreurs que la civilisation qui a créé ce vêtement a pu commettre.

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