Mékong stories

de Phan Dang Di

Synopsis

Saïgon, début des années 2000. Vu est apprenti photographe, Thang vit de petits trafics et Van rêve de devenir danseuse. Réunis par le tumulte de la ville, ils vont devoir affronter la réalité d'un pays en pleine mutation.

Dossier de presse

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Rencontre avec le réalisateur

Une nouvelle ère

 

L'intrigue du film se déroule au Vietnam entre la fin des années 90 et le début du nouveau millénaire. Une période très particulière pour Phan Dang Di qui se rappelle de l'année 1994 où le président Bill Clinton venait de lever l’embargo contre le Vietnam 19 ans après la guerre. Le pays tenu à l’écart du monde se réveillait et découvrait les nombreuses opportunités qui s’offraient à lui. Le metteur en scène se rappelle : 

 

"Tout le monde voulait en profiter et devenir riche sans avoir à craindre de finir en prison comme c’était le cas dans le passé. De nombreux étrangers, qu’ils soient taiwanais, japonais ou coréens, sont arrivés dans le but d’ouvrir de nouvelles usines où ils recrutaient une main d’oeuvre venue de la campagne. Dans les villes, la jeunesse avait aussi plus de choix. La société de consommation était en train de naître à Hanoi et Saïgon, des bars et des discothèques commençaient à ouvrir, des endroits d’abord destinés aux clients étrangers devenaient progressivement des lieux de rassemblement pour les jeunes. Au cours de cette période, aller en discothèque signifiait autant être « cool » que riche."

 

Représenter le groupe

Bi, n'aie pas peur ! et Mekong Stories ont pour point commun de parler davantage du groupe que de l'individu.

Phan Dang Di confie : "Pour moi c’est impossible d’isoler un personnage pour raconter une seule et même histoire. J’aime que ces personnes interagissent entre elles, se soutiennent les unes les autres. J’essaie d’avoir une vue d’ensemble des relations humaines d’un point de vue psychologique autant que physique. Ainsi, et c’est le plus important à mes yeux, je peux montrer que nous sommes tous égaux face à la vie. Un problème personnel reste un problème personnel, tandis que la vie s’écoule comme un fleuve, et nous ne sommes qu’un grain de sable dans le lit de ce fleuve."

 

Tournage difficile

Phan Dang Di a commencé à chercher les décors de Mekong Stories en 2013. Le cinéaste voulait absolument tourner les scènes qui se déroulent dans la maison du père de Vu et les bois qui l’entourent au coeur même de la forêt de mangroves de Can Gio, dont les soldats vietnamiens avaient fait leur cachette pendant la guerre. Son directeur de la photo et son producteur l'avaient mis en garde des difficultés que représentait un tournage dans cette région isolée, sans électricité ni habitation. Il ne les a pas écoutés et le tournage a viré au cauchemar, avec une pluie constante obligeant les serpents à sortir de la forêt... 

 

"Au soir du 8e jour de tournage, nous avons organisé une petite soirée, au cours de laquelle j’ai pris la parole pour m’excuser des conditions extrêmes dans lesquelles nous travaillions, et j’ai convaincu les gens de rester. Heureusement pour nous, il a cessé de pleuvoir, et nous avons pu finir le tournage. Avec le recul, et malgré les difficultés que nous avons rencontrées à Can Gio, ce qui est à l’écran est exactement ce que j’avais en tête quand je préparais le film", se souvient le réalisateur.

 

Préparation

Hai Yen Do Thi est une actrice très connue au Vietnam tandis que Le Cong Hoang est un acteur débutant. Le second a commencé à répéter avec la première deux ans avant le début du tournage. Il a pu la voir reprendre la danse (Hai Yen est diplômée de l’école du ballet au Vietnam) et se soumettre à un régime très strict afin de perdre 7 kilos pour son rôle.

 

Influence

Dépeindre une certaine jeunesse que l’on croise dans les rues des grandes villes est une constante du cinéma de Phan Dang Di. Le metteur en scène explique que Tsai Ming Liang (Les Chiens errants) est le cinéaste qui l’a le plus influencé dans son cinéma :

 

"La première fois que je suis allé à Taipei, alors que je déambulais dans les rues, je ne pouvais pas m’empêcher de penser : « c’est impressionnant comme ce réalisateur a réussi à immortaliser cette ville ». J’y étais pour la première fois de ma vie, pourtant j’avais l’impression de connaître Taipei depuis longtemps, et cela tout simplement parce que Tsai Ming Liang avait su en capter l’essence même, qu’il avait été au-delà des apparences."

 

Le personnage de Vu

Vu, le personnage jeune photographe au centre de Mekon Stories, a été partiellement construit par Phan Dang Di à partir des souvenirs de ses années d’étude à l’école de cinéma de Hanoi (capitale du VietNam) durant lesquelles le metteur en scène s'est adonné à la photographie :

 

"Au cours des deux premières années, nous devions aller en vélo aux quatre coins de la ville pour prendre des photos et revenir ensuite les développer nous-mêmes. Mais le problème était la qualité du papier que nous utilisions : c’était du papier de marque ORWO que le Vietnam avait l’habitude d’importer d’Allemagne de l’Est, or celle-ci n’existant plus depuis la réunification avec l’Ouest, il ne restait que des lots dont la date d’expiration était depuis longtemps dépassée. Il nous était donc impossible de développer de belles photos, les couleurs étaient le plus souvent grisâtres et ternes. Quand vous devez pédaler pendant des heures afin d’essayer d’aller faire la plus belle photo possible, et que celle-ci s’avère complètement ratée une fois développée, c’est un véritable échec que vous ne pouvez pas oublier. C’est d’autant plus obsédant que vous ne maitrisez absolument pas les conditions nécessaires au bon rendu de ce travail. Et puis, l’âge aidant, j’ai finalement compris que cette beauté à laquelle j’aspirais tant était peut-être inatteignable, et cela malgré tout le matériel dont je pouvais disposer. En ce sens, je suis un peu comme Vu qui n’arrive pas à prendre une photo de l’homme qu’il aime sans qu’elle ne soit floue."

Critique

Avoir 20 ans à Saïgon au début des années 2000, c'était l'âge des possibles à plus d'un titre : la récente levée de l'embargo américain faisait changer la vie à toute vitesse, explique le réalisateur. Le film incarne ce moment charnière à travers une bande de jeunes gens, logés chichement au bord du Mékong. Un trio se détache : l'apprenti photographe, probable double de l'auteur, l'aspirante danseuse et le petit trafiquant. Une fille, deux garçons et trois possibilités, au moins : le désir circule, des nuits chaudes dans les boîtes de nuit, récemment ouvertes, aux siestes dans la nature, presque sur l'eau. L'angoisse existentielle et amoureuse flotte au-dessus des corps peu vêtus : qui aimer et comment trouver sa place, ou, à défaut, survivre, dans un monde qui se libère, pour le meilleur et pour le pire ? Ce récit initiatique au pluriel, le cinéaste l'éloigne du film choral classique. Impressionniste, fluide, presque liquide, son style envoûte. La sensua­lité guide l'agencement et la teneur des scènes. Les sentiments et la sexualité des personnages se révèlent incidemment, au détour d'un plan, comme si on les découvrait en même temps qu'eux. Les virées dans la mangrove et sur le fleuve deviennent pure fantasmagorie, avec étreintes dionysiaques dans la boue, en pleine nuit.

 

De sordides réalités affleurent aussi. Dans ce pays trop peuplé, on paie les hommes pauvres pour qu'ils se fassent stériliser : une menace et une tentation pour les personnages. Les scènes de chahut banal ou d'ivresse minable entre potes sont filmées, elles, comme des instants d'éternité. A cause de ce Saïgon en suspens, on pense à Marguerite Duras, forcément. Mais surtout aux deux cinéastes chinois qui ont le mieux perpétué son art de la langueur nostalgique : Tsaï Ming-Liang et Wong Kar-wai. Comme un film du second, Mékong Stories pourrait s'intituler : Nos années sauvages. —

 

Téléméra par Louis Guichard

 

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A partir du 18/10

A partir du 25/10

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