Les Dollars des sables

Synopsis

Noeli, jeune dominicaine, se rend tous les après-midi sur les plages de Las Terrenas pour se prostituer. Parmi ses clients, Anne, une française d'âge mûr qui a trouvé dans l'île un refuge pour la fin de sa vie. Noeli se voit bien rentrer à Paris avec Anne. Pour Noeli, la relation, avec Anne est d'abord basée sur l'intérêt. Pour Anne, le commerce laisse vite la place aux sentiments qui deviennent de plus en plus ambigus au fur et à mesure qu'approche le moment du départ.

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Critiques

Avec son quatrième film, librement adapté du roman de Jean-Noël Pancrazi, Les dollars des sables, le couple de réalisateurs Israel Cárdenas et Laura Amelia Guzmán touche à la consécration grâce à un récit sur la prostitution, sincère et intimiste.


Géraldine Chaplin avait vu Jean Gentil (2010) d’Israel Cárdenas et Laura Amelia Guzmán et avait adoré ce film : elle en parlait à tout le monde. Elle rêvait de travailler avec les deux réalisateurs qui un jour l’ont contactée. A l’origine, le rôle qu’elle interprète était destiné à un homme. Tandis que le roman développait la relation entre deux hommes, un client occidental et un prostitué, le film préfère mettre en scène deux femmes, une cliente et une jeune prostituée dominicaine. Dans cette relation saphique, caractérisée par un si grand écart d’âge, les auteurs ont voulu souligner le souci de l’autre, une sorte de "sensibilité féminine et une délicatesse". 


L’histoire se passe à Samanà, une province en République Dominicaine de 140.000 habitants, qui, chaque été, voit la moitié de ses locaux aller travailler à Las Terrenas, destination paradisiaque et véritable Eldorado internationalement associé aux plages de sable blanc et aux eaux cristallines. Israel Cárdenas et Laura Amelia Guzmán y ont posé leurs caméras pour y raconter une histoire sur le tourisme sexuel. Ils en profitent pour peindre le portrait de la jeunesse dominicaine, paumée et sans espoir. 

Des films comme Paradise (Ulrik Seidl), montrant une femme autrichienne en voyage au Sénégal à la recherche d’amour charnel, ou Much Loved (Nabil Ayuch), qui évoque la prostitution au Maroc, ou encore Holly, avec Roy Livingston et Virginie Ledoyen, sur le traffic sexuel, ont récemment abordé le sujet du tourisme sexuel, mais la différence ici porte sur la relation qui se crée entre les protagonistes, une relation tarifée complexe, tendre et attachante, basée sur le mensonge. Noeli espère partir un jour en France avec Anne (Géraldine Chaplin, donc), tandis que celle-ci n’est pas tout à fait sûre de vouloir quitter ce havre de paix. L’homosexualité répond, selon Géraldine Chaplin que nous avons interrogée, à une nécessité de pragmatisme puisque la jeune femme a besoin d’argent pour survivre. Avec son copain Yeremi, elle est le reflet d’une jeunesse désemparée qui nourrit l’espoir d’un ailleurs et qui, dans la prostitution, compte trouver le meilleur ticket pour l’évasion sans retour.


En contrepartie de cette peinture locale peu réjouissante, le film montre des étrangers qui viennent trouver en République Dominicaine la paix intérieure, loin des turbulences psychologiques qui les ont secoués dans leur pays natal. Ils achètent la compagnie de l’autre et évoquent des sentiments perdus. Paradoxalement ils ont l’idée qu’ils peuvent leur apporter quelque chose de nouveau.

L’histoire est donc centrée sur trois personnages, Anne, Noeli et Yeremi. Le peu de dialogues entre eux laisse des blancs quant à leurs vies respectives que les rapports humains dépeints viennent combler. La relation qui se tisse entre Anne et Noeli traversera diverses étapes, de la tendresse, à l’humour, en passant par la colère aussi, et, évidemment, par un inéluctable rapport mère-fille. Cette palette d’émotions, si variée dans les registres, rend chaque protagoniste attachant et creuse les personnalités dans leur complexité et contradiction. 



On ignore beaucoup du passé d’Anne. Elle a eu un fils, avec lequel elle s’entend mal. Elle semble presque le renier et refuse de parler de lui. Elle passe ses journées à attendre Noeli, à vivre les dernières années qui lui restent dans ce paradis fictif. Dans ce rôle, une fois de plus, Géraldine Chaplin, livre une interprétation personnelle magistrale. Elle met en avant son corps, son regard, sa voix douce également, lorsqu’elle parle en espagnol. Quant à ses deux partenaires, bien qu’ils n’aient pas encore acquis une expérience significative à l’écran, ils s’en sortent avec les honneurs, conférant au récit un ton spontané, frais et naturel. 

Dans cette oeuvre lumineuse qui porte le nom de petits oursins associés, de par leur forme à une pièce de monnaie, la caméra, parfois portée à la main, cherche à retranscrire une atmosphère poétique, mais minimaliste. On retrouve les chansons du brillantissime Ramón Cordero, des mélodies dominicaines traditionnelles, affectionnées par les locaux, qui trouvent leurs origines dans les bars et bordels de Santo Domingo des années 60. La musique progresse d’une façon lente et joyeuse tout en suggérant les états d’âme. Elle joue le rôle de catalyseur dans cette chronique féminine et sociale, puissante dans sa réalité documentaire, qui est souvent touchée par la grâce.


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Géraldine Chaplin - Les Dollars des sables - Interview

Genèse du film

Outre le désir d'adapter le roman de Jean-Noël Pancrazi, Israel Cárdenas et Laura Amelia Guzmán souhaitaient faire un long métrage faisant le portrait de l'endroit de Las Terrenas où se déroule Les Dollars des sables et où ils avaient déjà posé leurs caméras pour leur film précédent Jean Gentil. Les cinéastes voulaient parler de la réalité du tourisme sexuel. Ils expliquent : "Nous voulions dépeindre un monde plein de contradictions : payer pour être accompagnée, payer aussi le bonheur de son entourage, se sentir appartenir, indispensable et inutile, sentir aussi l'impuissance de rester pour toujours une étrangère. Assumer un endroit, une vie, ou courir après une illusion distante."

Adaptation

Les Dollars des sables est une adaptation du roman du même nom écrit par le romancier français Jean-Noël Pancrazi, sorti en 2006 aux éditions Gallimard.

ENTRETIEN AVEC GÉRALDINE CHAPLIN : LES DOLLARS DES SABLES EST LE FILM QUE J’AFFECTIONNE LE PLUS

Nous avons rencontré Géraldine Chaplin lors du D8-Festival Espagnol qui s’est tenu à Paris en juin, au Louxor. L’actrice à la filmographie de 130 titres n’était pas seulement venue présenter son dernier film, Les dollars des sables , réalisé par le duo Israel Cárdenas et Laura Amelia Guzmán, mais bel et bien nous parler de ce qui, à ses yeux, est l’oeuvre qui lui tient le plus à cœur, de toute sa carrière. Nous avons eu l’immense plaisir de partager ses impressions et confidences dans un espagnol presque parfait !


aVoir-aLire.com : Félicitations Géraldine pour votre interprétation dans Les Dollars des sables. C’est une œuvre dure et actuelle, particulièrement bien ancrée dans la réalité sociale dominicaine. Qu’est-ce qui vous a attiré dans ce projet et vous a fait accepter le rôle d’Anne, cette Occidentale qui vient trouver l’amour dans les bras d’une jeune prostituée qui cherche à quitter le pays ? 

Géraldine Chaplin : J’ai été fascinée par les réalisateurs. Quelle chance de pouvoir travailler avec eux ! Je n’y m’attendais pas ! J’avais parlé à tout le monde de leur film Jean Gentil, une histoire terrible, très triste que j’avais adorée. Laura Amelia Guzmàn et Israel Cárdenas m’ont appelée pour qu’on travaille ensemble. Ce fut un vrai cadeau tombé du ciel. (Elle tourne son regard vers le plafond en souriant).

Ensuite on a commencé à peaufiner le personnage d’Anne, à faire des répétitions. On a eu beaucoup de réunions avec l’équipe avant de se lancer.


Vous deviez une fois de plus incarner un personnage dans une langue étrangère, comment appréhendez-vous les difficultés linguistiques dans ces cas ? Est-ce qu’il vous arrive de ne plus faire de différence entre les langues... l’anglais, le français, l’espagnol… ? 

Disons que la langue la plus difficile pour moi c’est l’anglais, à cause de mon accent. Les Américains pensent que je suis anglaise, tandis que les Anglais sont persuadés que je suis américaine. Du coup, je suis toujours obligée de forcer un accent ! Je dois beaucoup le travailler, et en fin de compte c’est comme si c’était une autre langue pour moi. Cependant c’est la langue que je lis et parle le plus facilement. Tout simplement celle dans laquelle je me sens le plus à l’aise. Par contre, pour le travail, cela me demande des efforts supplémentaires. C’est clair.


Le film de Laura Amelia Guzmàn et Israel Cárdenas évoque les dernières années de vie d’une femme (los últimos coletazos de vida) et l’illusion de la jeunesse retrouvée auprès d’une jeune prostituée avec laquelle elle va entretenir une relation homosexuelle. Géraldine, est-ce ce rôle vous a fait peur ? Vous retrouver en République Dominicaine, dans une liaison trouble avec une jeune femme qui vend son corps... Redoutiez-vous le tournage ou le regard du public ?

Non, je n’ai jamais pensé ça. Cependant il est vrai que j’avais peur, j’étais terrifiée de devoir me déshabiller devant Jeannette et que cela puisse la dégoûter. Il ne faut pas oublier que je suis « una vieja pelleja » (une très vieille dame). Je me disais : « Mon Dieu, qu’elle ne soit pas trop dégoûtée ». Elle a tout compris et tout est allé parfaitement.

Dans le long-métrage il y a un moment précis où votre personnage et celui de Jeannette ont une discussion au cours de laquelle Jeannette fait allusion au fils d’Anne. En revanche, Anne n’a pas envie d’approfondir ce sujet. C’est un moment fort, car révélateur des problèmes mère-fils. Bien qu’Anne évoque son fils de temps à autre, elle invente toujours des excuses pour ne pas trop en dévoiler. C’est presque comme si la communication se coupait. Qu’est-ce qui s’est passé entre eux ? 

On ne sait pas.

Comment avez-vous travaillé ces non-dits ? Comment avez-vous creusé la blessure implicite née de cette relation difficile entre cette mère exilée et son fils ? 

Israel et Laura m’ont dit : « Si tu as besoin d’inventer quelque chose, vas-y, mais nous, on ne veut pas le savoir ». Donc j’ai imaginé une anecdote ; mais cela n’a pas forcement d’importance.

On apprécie l’approche des personnages qui ne sont pas linéaires. En approfondissant, on se rend compte de leur part des ténèbres, de leurs contradictions qui dépassent la simple dualité. Anne n’est pas hyper sage et Jeannette n’est pas la vilaine méchante que l’on peut croire. 

(Géraldine applaudit et rigole) Voilà, c’est clair ! Toutes les choses qu’elles font ensemble (se promener, se baigner, danser)... Elles n’ont pas de conversations de vrai couple. C’est une relation aussi complexe que jolie. Je voulais toujours accentuer des gestes, des sentiments, et les réalisateurs me disaient : « Non, non, non, Géraldine c’est bon comme ça ». Le résultat est génial, parce que c’est le portrait d’une vie dans toute sa complexité qui dépasse le manichéisme.

Vous avez joué dans environ 130 films. Avez-vous jamais envisagé de réaliser votre propre long-métrage, de diriger d’autres comédies, forte de votre expérience ? 

Oh non, jamais ! J’adore être la pâte, l’argile qu’il faut modeler.


On va vous voir prochainement dans le dernier film de Valérie Donzelli Marguerite et Julien. Vous avez tourné avec beaucoup de cinéastes, des hommes, des femmes, des auteurs de cultures et de nationalités différentes… Et vous semblez affectionner en particulier les réalisateurs espagnols comme Carlos Saura ( Cría cuervos La madriguera ), Pedro Almodovar, (Parle avec elle), Isabel Coixet ( Another me ), Juan Antonio Bayona (The impossible, L’orphelinat)… Est-ce qu’il y a une façon ibérique de mettre en scène, ou vous ne faites pas de différence ? 

(Elle rit et me regarde d’un air fixe) Bon, en Angleterre il existe le « tea tray » et en Espagne il y a le « bocata » (ndlr : sandwich espagnol). On coupe quand il faut prendre le « bocata » et c’est un moment magique. C’est un rituel ; je ne peux pas dire que cela soit mon instant préféré mais une chose est sûre, cela fait totalement partie de la culture espagnole ! On ne peut pas rater le « bocata » de chorizo, de jamón, de tortilla, peu importe. Le « bocata » c’est un événement de partage et convivialité pour tout le monde.

Laura Amelia Guzmán, Directora de Dólares de Arena.  entretien en espagnol..

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