Le souffle 

de Alexander Kott

Synopsis

Un homme et sa fille vivent paisiblement dans une ferme isolée des steppes kazakhes. Alors que deux garçons, un Moscovite et un Kazakh, se disputent le cœur de la jeune fille, une menace sourde se fait sentir...

Critiques

Cette ode à la jeunesse et à l’amour, tournée dans des paysages spectaculaires, est exubérante de beauté et toujours pleine de ressources, en particulier quand il s’agit de surprendre le spectateur dans l’inattendu.


Histoire sans paroles. Le nouveau film du cinéaste russe Alexander Kott est une oeuvre poétique et muette. Au souffle des mots qui viendraient donner des explications aisées sur les liens entre les personnages, le contexte temporel et géographique, l’auteur a préféré favoriser le souffle du vent et des éléments s’éprenant de l’étendue spectaculaire des steppes kazakhes. On pense à Xiu Xiu de Joan Chen ou au Dernier loup de Jean-Jacques Annaud dans cette retranscription à la fois aride et magnifique de paysages désolées qui favorisent la fracture sociale, le décalage avec l’humanité connectée et donc la solitude des âmes peu encline à cette harmonie radicale avec la belle verte.

L’approche peut paraître austère ; elle ne l’est jamais. Dans son goût justifié pour les silences, le cinéaste évoque la vie qui envahit les personnages de jeunes gens, étrangement lunaires, mais toujours pleins d’exubérance et de facétie, dans cet environnement à part. L’enfant, seule face à la rugosité d’un monde rural exposé aux vents, est fouettée par la frustration de l’ailleurs, le désir d’amour qui ronge mélangé à l’instinct de fidélité atavique. 


Il ne s’agit jamais de rivaliser avec les pensums de Tarkovski. Aussi muet soit-il, Le Souffle est plus sensoriel qu’intellectuel, et se vit sereinement, même si se déchaînent par moment des éléments humains insondables, avec lesquels il est difficile de négocier du sens. Des intrusions militaires, des détails curieux qui sont autant d’introductions d’une certaine forme de violence. Ces éléments mettent à mal l’équilibre précaire existant entre l’héroïne, qui vit recluse, et celui que l’on devine être son père. Ce duo nous ferait penser volontiers au Cheval de Turin de Bela Tarr, où l’auteur hongrois ressassait le quotidien de labeur d’un fermier bourru et de sa fille, hors du monde et ignorants de l’apocalypse qui pesait sur leur univers.


Si quelque-chose de grave peut se produire chez Alexandre Kott, le cinéaste démine toujours la steppe, introduisant une certaine dose de burlesque (l’un des deux prétendants à la main de la jeune fille est un sacré farceur) et des éléments surréalistes qui pourraient presque convoquer l’ombre de Saint-Exupéry (le face à face curieux avec un avion qui a perdu ses ailes, au beau milieu de ce désert de steppe). Toutefois, derrière la truculence et la poésie se cache un drame réellement poignant, à la tristesse d’une injustice universelle, qui va clôturer cette initiation à l’âge adulte. Dans l’inattendu, le souffle, de son irrésistible puissance, fait tout vaciller et impose un point de vue artistique finalement plus original que prévu, qui saura, on l’espère, fédérer les amateurs d’art et essai et même au-delà.

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Entretien avec Alexander Kott

Vous avez commencé votre carrière de metteur en scène avec deux courts métrages très remarqués, tous deux présentés au Festival de cannes : Le Photographe dans la section cinéfondation en 1998, puis L’Épouvantail à la Quinzaine des réalisateurs en 2000. mais Le Souffle n’est finalement que votre troisième long métrage en quinze ans. À quoi cela est-il dû ?


J’ai toujours souhaité tourner des films qui m’étaient proches et m’affranchir des exigences de production. Je les respecte lorsqu’il s’agit de films de commande (comme La Forteresse de Brest, mon deuxième film) ou de séries télé. J’ai, de fait, tourné de nombreuses séries, dont certaines ont été extrêmement populaires. Mais je veux, pour les projets qui me tiennent à cœur, garder ma liberté artistique. Et rares sont les producteurs qui me laissent carte blanche.


Comment est né ce projet ?


Ce projet est né avant que je ne sois sollicité, mais le premier tournage s’est arrêté à cause de problèmes financiers. Le producteur du film, Igor Tolstunov, a demandé une rallonge financière au Fonds du cinéma. Ce dernier, en contrepartie, a exigé d’avoir le film le plus rapidement possible. C’est à ce moment-là que je suis arrivé sur ce projet. Il ne reste finalement rien du scénario initial : j’ai dû tout changer pour rentrer dans l’enveloppe impartie (le film a dû coûter environ un million et demi de dollars). Je rêvais de faire un film muet depuis longtemps ; j’ai donc posé cette condition à ma participation et le producteur m’a donné carte blanche. Je suis heureux de dire que j’ai tourné le film que je voulais.

Il y eut certes des contraintes : je devais me contenter de trente jours de tournage et on a dû se rabattre sur les paysages de la steppe de Crimée. On avait une coproduction avec les studios Kazakhfilm du Kazakhstan, mais les lieux qu’on avait repérés dans ce pays étaient trop compliqués pour qu’on puisse y tourner rapidement.

Faire un film muet induit un travail très particulier sur la musique, les bruits, le son... Effectivement. Tous les bruits ont été extrêmement travaillés et postsynchronisés en studio. Le bruit du vent, par exemple, est compliqué à rendre artificiellement : nous avons enregistré quantité de vents durant le tournage et nous nous sommes servis dans les bandes au moment du montage. Je voulais que la musique du film naisse du vent pour s’y fondre à nouveau à la fin du morceau. J’ai fait appel à Alexeï Aïgui, violoniste et formidable compositeur, qui se produit et travaille en France. Il a réussi à composer une musique d’une grande qualité artistique malgré nos contraintes économiques.


Et vous avez aussi des trouvailles visuelles servies par un très bon chef opérateur.


Oui, Levan Kapanadze et moi avions déjà fait des publicités ensemble et travaillé sur La Face cachée de la lune, une série très populaire. Mais c’est notre première collaboration sur un film de long métrage. Nous avons procédé à un découpage minutieux en amont avec un story-board très dessiné qu’on a suivi à la lettre. Mais la nature vous fait toujours des cadeaux que vous n’attendez pas : le soleil dans les cheveux de la fillette, la « pomme » de soleil que le père mange... On a même eu un nid d’oiseaux dans la maison qu’on a construite au milieu de la steppe et qu’à la fin on a fait exploser. La veille de l’explosion, on se demandait comment déplacer ce nid... et, en nous réveillant le lendemain, on a vu que les oiseaux s’étaient envolés !


Où avez-vous trouvé vos artistes ?


Je les ai longtemps cherchés en Russie et au Kazakhstan, et j’ai fini par m’arrêter, pour le rôle du jeune Russe, sur Danila Rassomakhin. Il faisait ses études au gitis, le grand institut de théâtre et des arts de la scène. Il se destinait à être acrobate. Moi je cherchais une sorte de clown naïf. Il m’a convaincu. De plus, il a un frère jumeau... dont je me suis aussi servi dans le plan où ils se dédoublent ! Le jeune Kazakh à cheval tournait également dans un film pour la première fois.

Quant à la jeune Elena An, ce fut compliqué de trouver une jeune fille de quatorze ans en asie centrale qui ne soit pas déjà une future femme prête à marier. On a longuement cherché. Je voulais une actrice qui soit dans la veine de Natalia arynbassarova, l’extraordinaire interprète de Premier Maître d’Andreï Konchalovsky. Et j’ai fini par trouver Elena : c’est la fille d’un couple mixte. Son père, coréen, est attaché culturel à Moscou et sa mère est russe. Pour eux trois, c’était leur premier tournage et je voulais justement capter cette appréhension de tourner, cette peur de la caméra.


Quels sont vos projets ?


Je suis en train de finir mon quatrième film, intitulé Insight, l’histoire d’un amour basé sur un mensonge, et je dois tourner l’an prochain un film de grande ampleur intitulé Spitak, du nom de la ville d’Arménie qui a subi un terrible tremblement de terre le 7 décembre 1988 dont le monde entier a entendu parler. Ma productrice semble avoir trouvé des coproducteurs... français !


Propos recueillis et traduits du russe par Joël Chapron le 12 mars 2015



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Contexte Historique

Entre 1949 et 1989, les autorités soviétiques ont procédé à 456 essais nucléaires dans le Semipalatinsk, au nord-est du Kazakhstan. Ces steppes, qui ont subi un niveau d’irradiation comparable à celui de Tchernobyl pendant 40 ans, n’étaient pourtant pas désertes, et les hommes et les femmes qui y vivaient n’ont pas toujours été évacués. En secret, les militaires russes ont ainsi observé l’effet du souffle atomique sur les champs, les maisons et leurs habitants.

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