Le fils de Saul

de Laszlo Nemes

Synopsis

Octobre 1944, Auschwitz-Birkenau. Saul Ausländer est membre du Sonderkommando, ce groupe de prisonniers juifs isolé du reste du camp et forcé d'assister les nazis dans leur plan d'extermination. Il travaille dans l'un des crématoriums quand il découvre le cadavre d'un garçon dans les traits duquel il reconnaît son fils. Alors que le Sonderkommando prépare une révolte, il décide d'accomplir l'impossible : sauver le corps de l'enfant des flammes et lui offrir une véritable sépulture.

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Critiques

"Le Fils de Saul", (très très) Grand Prix au Festival de Cannes, est un torrent de pleurs et d'émotions qui baigne dans un bonheur de cinéma. Il faut le voir pour le croire. Il faut le voir. Le voir. Le voir.

 

L'Express / par Eric Libiot

Ce premier long métrage du cinéaste hongrois Laszlo Nemes, développé à la Résidence de la Cinéfondation au Festival de Cannes en 2011, Thierry Frémaux l’annonçait comme un film périlleux lors de la conférence de presse qui précédait le festival. Énième variation sur la Shoah, sa présence augurait déjà un nouvel élan pour le festival, qui n’avait pas proposé de premier film depuis quelques années en Compétition Officielle. Le film n’a pas déclenché de réactions de rejet, mais le choc fût total malgré des applaudissements timides. Les festivaliers sont assurément sortis estomaqués, certainement trop étourdis pour l’acclamer davantage.

Traitant un sujet à priori rebattu, et pourtant toujours nécessaire, Le Fils de Saul est pourtant d’une grande originalité dans son traitement. La caméra embarquée suit les pas de Saul, Sonderkommando au service de l’Allemagne nazie. Chargé de rassurer les déportés dans le sas de la chambre à gaz (promettant un thé après ce qu’ils pensaient être une douche) et de déblayer les corps (« objets » dans les bouches des Allemands) jusqu’aux fours crématoires, Saul survit grâce à ces gestes répétitifs et machinaux. Les Sonderkommandos, souvent décrits dans la littérature qui a suivi la fin de la Seconde Guerre mondiale et dans quelques récits autobiographiques (au cinéma on pense à Shoah de Claude Lanzmann), rares sont les films ayant traité avec autant de réalisme l’itinéraire de ces Juifs agissant sous la contrainte des Allemands.

Saul reconnaît dans les amas de corps défigurés un visage connu, celui de son fils. S’ensuit alors une course effrénée, avec comme ultime mission de dresser une sépulture décente pour le fruit de ses entrailles. Dans ce but, il lui faudra trouver un rabbin pour enterrer son enfant dans la tradition. Encerclé par les kapos et alors qu’éclate la seule révolte armée dans l’histoire du camp d’Auschwitz (qui a réellement eu lieu en 1944, alors que les troupes russes se rapprochaient de l’horreur), Saul, au risque de sa vie tente l’impossible. Les obstacles sont nombreux et sa foi inébranlable.

Notre personnage est au cœur de chaque plan-séquence, suivi sans discontinu par une caméra-aimant. Face à une caméra pas vraiment subjective et encore moins objective, le spectateur devient Saul dans ce périple aux rebondissements incessants. Le réalisateur évite de peu le voyeurisme malsain qu’un tel projet aurait pu comporter, s’arrêtant à la distance nécessaire. Nous ne franchirons par exemple jamais le porte de la chambre à gaz et nous arrêterons avec Saul. De ces fragments de réalité, le spectateur devra reconstruire les bribes manquantes.

La photographie désaturée (presque monochrome) et maîtrisée du chef-opérateur Matyas Erdély participe à la réussite du film, au même titre que l’utilisation (étouffante) du format 1.37. La profondeur de champ est réduite à son minimum, aucun horizon ni lignes de fuites mais des visages marqués parcourent ce périple insoutenable. Saul poursuivra son but, du renoncement à la résistance, alors que ses congénères prennent les armes et tentent l’évasion. C’est finalement tout ce qui les raccroche à leur humanité, la lutte et les souvenirs, le geste ultime étant d’offrir au défunt une sépulture.

Le Fils de Saul est assurément un film tendu et oppressant, on en ressort troublé mais conscient d’avoir assisté à un choc esthétique. Un film certes pas aimable mais qui nous laisse persuadés que nous tenons là l’étoffe d’un cinéaste à suivre, pour le meilleur, et comme ici, dans le pire.

Avoir-Alire.com /par Guillaume Louradour

La Conférence de Presse à Cannes

Entretien avec le réalisateur

Naissance du projet

László Nemes explique que l'idée du film Le Fils de Saul lui est venue sur le tournage de L’Homme de Londres réalisé par Bela Tarr, à Bastia : "Lors d’une interruption d’une semaine, j’ai trouvé dans une librairie un livre de témoignages publié par le Mémorial de la Shoah, Des voix sous la cendre, connu également sous le nom des « rouleaux d’Auschwitz ». Il s’agit de textes écrits par des membres des Sonderkommando du camp d’extermination, enterrés et cachés avant la rébellion d’octobre 1944, puis retrouvés des années plus tard. Ils y décrivent leurs tâches quotidiennes, l’organisation du travail, les règles de fonctionnement du camp et de l’extermination des Juifs, mais aussi la mise en place d’une forme de résistance."

Les Sonderkommandos

Le film se centre sur un sujet méconnu de la Seconde Guerre mondiale : les Sonderkommando, des déportés choisis par les SS pour accompagner les convois jusqu’aux chambres à gaz, les faire se déshabiller, les rassurer, les faire entrer dans les chambres, puis extraire les cadavres et les brûler tout en nettoyant les lieux : "Le tout rapidement car d’autres convois de déportés allaient arriver. Auschwitz- Birkenau fonctionne comme une usine à produire des cadavres, puis à les éliminer. Lors de l’été 1944, elle fonctionne à plein régime : les historiens estiment que plusieurs milliers de Juifs y sont assassinés chaque jour. Les membres du Sonderkommando bénéficient, le temps de leur mission, d’un relatif traitement de faveur : nourriture prise aux convois, relative liberté de mouvement dans leur périmètre… Mais pour eux, la tâche est épuisante, et ils sont éliminés régulièrement par les SS, tous les trois ou quatre mois, car il ne doit rester aucune trace de l’extermination", explique le metteur en scène.

Cannes 2015

Le Fils de Saul a reçu le Grand Prix en 2015

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