DANISH GIRL

de Tom Hooper

Synopsis

La remarquable histoire d'amour de Gerda Wegener et Lili Elbe, née Einar Wegener, l'artiste danoise connue comme la première personne à avoir subi une chirurgie de réattribution sexuelle en 1930. Le mariage et le travail de Lili et Gerda évoluent alors qu'ils s'embarquent sur les territoires encore inconnus du transgenre.

Critiques

Adapté du roman éponyme, lui-même inspiré du journal intime de Lili Elbe, pionnière du mouvement transgenre, The Danish Girl, présenté lors de la dernière Mostra de Venise, narre le fulgurant destin d’Einar Wegener. Dans les années 1920, ce peintre danois, follement épris de son épouse Gerda, rencontrée aux Beaux-Arts, mène une existence tranquille. Lui paysagiste à succès, elle, portraitiste peu reconnue dans un monde de l’art phallocrate voient leur vie basculer lorsque Einar se travestit à l’occasion d’une toile réalisée par Gerda. Longtemps endormie, sa véritable identité sexuelle prénommée Lily se fait jour, accaparant progressivement le corps d’Einar, dissolvant sa masculinité, jusqu’à la disparition actée de celle-ci lors d’opérations de changement de sexe.

 

Hier et aujourd’hui

 

En s’emparant de cette histoire, le cinéaste britannique oscarisé Tom Hopper (Le Discours d’un roi) s’inscrit pleinement dans la réflexion sociétale contemporaine autour de la notion de genre et de transsexualité ; sujet qui agite le cinéma depuis plusieurs années déjà, de Xavier Dolan (Laurence Anyways) à Pedro Almodóvar (La Piel que Habito) en passant par le tandem Wachowski (Lana, co-réalisatrice de Cloud Atlas ou de la série Sense8, est d’ailleurs remerciée par le réalisateur dans le générique). En télescopant un sujet brûlant d’actualité et un récit datant de près de cent ans, The Danish Girl prouve, s’il en était besoin, que les peurs, l’incompréhension et la répréhension morale suscitées par le transsexualisme ne datent pas d’hier. Si le film suit le voyage tant physique que mental entrepris par Einar (le couple se réfugie à Paris pour éviter l’internement), il s’intéresse aussi à l’évolution des rapports entre les Wegener.

 

Perte et quête de soi

 

Par un effet de vase communicant artistique, Einar abandonne peu à peu la peinture alors que Gerda découvre en Lily une muse, trouvant enfin son sujet, son modèle et son trait si particulier. Ce rapport pervers, qui intronise Gerda en artiste tout en lui ôtant l’être aimé, irrigue le film, soulignant la tragique perte que le transsexualisme induit pour l’un des protagonistes. L’alternance habile entre l’immense désarroi de Gerda (Alicia Vikander, toute en sensibilité et pudeur) et la renaissance de Lily (Eddie Redmayne) permet une double focalisation sur ce binôme inséparable, déplaçant au fil du récit la charge tragique. Ce rééquilibrage permanent des rôles dévolus aux personnages (renommée artistique, responsabilité dans le couple) s’incarne dans la physionomie même des acteurs. La douceur d’Alicia Vikander se mue en force apparemment tranquille (bien que tourmentée) tandis que la vigueur d’Eddie Redmayne laisse place à une fragilité à fleur de peau. Le jeu impeccable des deux acteurs, l’une soumise à une transfiguration émotionnelle, l’autre à une transformation physique des plus surprenantes, soutient The Danish Girl de bout en bout, faisant oublier l’académisme mièvre qui sourd ponctuellement à l’écran.

 

Académisme vs subversion

 

Car malgré son casting et un solide scénario, le film se fourvoie tantôt dans une sensiblerie cliché (l’épilogue désastreux, sorte de lourde métaphore de l’émancipation de Lily), tantôt dans des postures pseudo-artistiques des plus fâcheuses. On peut sans mal imaginer la difficulté de la mise en image de la découverte de l’identité sexuelle d’Einar/Lily, cet instant fugace où la psyché et le corps sont bouleversés. Mais les gros plans appuyés, ici sur un pied voilé de soie, là sur un tressaillement au contact d’un satin, réduisent l’intimité du personnage à une mécanique gestuelle, soit bien accomplie, mais réductrice vu le raz de marée émotionnel en cours. En s’appuyant sur le score un poil mélo d’Alexandre Desplat, Hopper dessine une esquisse psychologique mineure là où la violence et la cruauté auraient pu jouer un rôle majeur. N’en demeure pas moins un récit édifiant sur la terrible quête de soi, sublimé par Eddie Redmayne, époustouflant de naturel et de beauté. Au générique, l’acteur est crédité sous le rôle unique de Lily, un choix légitime tant il parvient à effacer par petites touches son genre et celui d’Einar.

 

Critikat par  Ursula Michel

Il était né Einar Wegener, au Danemark en 1882, et fut un des premiers hommes à devenir femme, sous le nom de Lili Elbe, après une opération dite aujourd'hui de « réassignation sexuelle ». Avant d'en arriver là, Einar dut échapper à des médecins prêts à le lobotomiser pour guérir sa « perversion » ou à le faire enfermer chez les fous... Les moeurs médicales et la morale d'hier ne sont pourtant pas le sujet de cette reconstitution. C'est d'un voyage identitaire qu'il s'agit. A travers l'histoire d'un homme qui ose se déclarer et s'affirmer femme, Danish Girl célèbre en effet le courage d'être soi-même. Un sujet d'une éternelle actualité.

Soucieux de favoriser la délicatesse et l'optimisme, le réalisateur du Discours d'un roi (2010) opte pour une mise en scène qui a le don de gommer les aspérités, au risque d'être parfois franchement lisse. Son film s'ouvre sur l'évocation d'une vie de bohème tranquille que partagent Einar (Eddie Redmayne) et sa femme, Gerda (Alicia Vikander), tous deux peintres. Il a du succès avec ses paysages, elle rame avec ses portraits. Pour entamer celui d'une cliente qui tarde à venir prendre la pose, Gerda demande à Einar d'être sa doublure, une robe blanche posée sur son costume gris... Baptisée Lili, la jolie fille que fait vivre Einar en se travestissant est une étincelle de fantaisie dans son couple. Aussitôt devenue la meilleure amie de Gerda, elle lui inspire des portraits qui lui permettent d'avoir enfin du succès.

La grande traversée qui mène d'un sexe à l'autre débute, donc, comme une sorte de ménage à trois assez plaisant. Mais, peu à peu, Lili exige plus de place : elle refuse de rester une image, une apparition. Pour prendre définitivement chair, elle est déterminée à « tuer » Einar, à faire disparaître cet homme que Gerda continue à aimer. C'est le point de vue de cette épouse — complice d'un « jeu » qui la dépasse — qu'adopte Tom Hooper. Une manière, pour le cinéaste, de regarder la métamorphose d'Einar sans faire basculer son film dans une dimension trop complexe. Il préfère suggérer, à travers des correspondances entre les tableaux et la réalité, comment une femme se dessine, devient dessein...

Pour faire exister Einar et Lili, Tom Hooper a choisi Eddie Redmayne. Oscarisé l'an dernier pour son incarnation du physicien Stephen Hawking dans Une merveilleuse histoire du temps, cet acteur britannique impressionne à nouveau, tant il parvient ici à révéler la féminité du personnage comme sa seule et vraie nature. Des critiques se sont pourtant élevées, clamant que pour ce rôle il aurait fallu choisir un acteur transgenre. Mais Eddie Redmayne réussit à créer quelque chose qui fascine encore plus que la stricte réalité : dans ce film souvent plus sage que son héros-­héroïne, il fait surgir le cinéma.

 

Télérama par Frédéric Strauss

 

Pour un film dont les origines furent développées en même temps que le sublime A King’s Speech, bien des années supplémentaires furent nécessaires pour assurer le financement, la production et les acteurs pour ce projet ambitieux. De même, le monde et une grande partie de la société semblent plus ouverts au thème du film ces dernières années.

 

Copenhague en 1926. Einar Wegener (Eddie Redmayne) est un peintre renommé pour ses paysages, ainsi que l’époux de Gerda Wegener (Alicia Vikander). Gerda est aussi peintre, de renommée moindre, mais connue pour ses portraits. S’aimant profondément et vivant une vie paisible, Gerda demande à Einar de l’aider à terminer une peinture en prenant la pose et les habits d’une femme. Einar le vit en tant qu’expérience transformative qui réveille un sentiment longtemps refoulé, et leur couple en sera à jamais changé.

 

Comme décrit par le réalisateur Tom Hooper, The Danish Girl ne se veut pas un biopic. Il devrait être considéré davantage en tant qu’une adaptation cinématographique d’un roman (écrit en 2000 par David Eberstoff) qui lui-même est déjà une version fictionnalisée de l’histoire de Einar et Gerda Wegener.

 

Cela ne veut pas pour autant dire que la vie de cette femme, Lili Elbe, née dans un corps d’homme, n’est pas un symbole des personnes transgenres. Au contraire, son importance et sa notoriété ne font que de croître au fil du temps. Et je ne vois pas actuellement quel autre acteur qu’Eddie Redmayne, tant par le talent que son apparence physique, aurait mieux incarné ce rôle empli de dualité.

 

Dans The Danish Girl, Eddie Redmayne est beau, vulnérable et fascinant. Il arrive grâce à ses gestes, ses regards et son comportement à nous transmettre cette transformation d’Einar en Lili, une transformation qui au final est plus éclosion qu’autre chose. Apeuré souvent par la personne qu’il devient davantage de jour en jour, le sentiment n’en est que renforcé grâce au cadrage de maître de Tom Hooper et son utilisation habile de la caméra. Les scènes, surtout celles au Danemark, donnent l’impression de voir des personnages dans une peinture, dans un tableau ou un portrait.

 

The Danish Girl est un ballet. Un puissant, majestueux et triste ballet auquel la talentueuse Alicia Vikander joue sa partenaire. Mêlant honte, peur et émotion dans cette quête ultime de soi et de la création de l’identité, le personnage de Gerda reste le plus grand amour tant de Einar que de Lili, mais dans différentes fonctions. Et c’est cette confusion, ce doute qui rend sa prestation immense. Les deux acteurs sont de sérieux candidats pour les Coupes Volpi de la meilleure interprétation.

 

Pour en conclure avec le film, ce dernier perd drastiquement en intensité vers la fin. La chirurgie des trente dernières minutes a absolument tué le rythme, et Tom Hooper avait raison d’utiliser sa licence poétique pour déjà réduire des cinq opérations que Lili avait subies en réalité. Le montage est aussi parfois hasardeux, ce qui a le don de subitement nous faire sortir du film, et quelques scènes abusent de l’effet dramatique forcé, ce qui use inutilement le quota émotionnel du spectateur. Dommage, car le matériel a disposition en de façon inhérente brutal et touchant.

 

Parmi les thèmes de l’amour, de l’acceptation et de l’intégration, le voyage d’Einar en Lili dans sa quête du bonheur donne des frissons et brise des cœurs, mais reste le témoin de l’héroïsme de cette personne pionnière.

 

par Mark Kuzmanić 

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