Dégradé

de Arab Nasser, Tarzan Nasser

Synopsis

Prises au piège par l'affrontement armé, treize femmes se retrouvent coincées dans le petit salon de coiffure de Christine. Ce lieu de détente devenu survolté le temps d'un après-midi va voir se confronter des personnalités étonnantes.

Dossier de presse

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Rencontre avec les réalisateurs

Secrets de tournage

Un fait divers sanglant

Dégradé est inspiré d'un fait divers survenu en 2007 : une intervention militaire du gouvernement du Hamas visant à neutraliser une des familles armées les plus influentes de Gaza qui avait, comme dans le film, volé un lion pour le montrer et ainsi rendre compte de son pouvoir... Le lion a servi de prétexte à cette intervention militaire qui s'est terminée dans un bain de sang. 

 

A partir de cette histoire tragique qui témoigne du contexte irrationnel de la vie à Gaza, Arab Nasser et Tarzan Nasser ont imaginé le salon de coiffure en face du lieu d'affrontement entre les militaires et la famille, et dans lequel une douzaine de femmes se retrouvent coincées.

 

Un film engagé

Par le biais de personnages féminins authentiques, excentriques, modernes et appartenant à des catégories sociales différentes, le film traite de la violence en Palestine. Dégradés est ainsi un film engagé, "qui n’entend pas uniquement se concentrer sur l’occupation israélienne mais aussi sur nos propres démons, notre propre identité. Qui sont les femmes palestiniennes ? Qui sont les Gazaouis ? Comment vivent-ils ? À quoi pensent-ils ? Quel est leur quotidien ? En tant que cinéastes, notre travail s’inspire de la tragédie et de l’absurdité qui se sont abattues sur la Palestine, et, tout particulièrement, sur la bande de Gaza, afin d’alerter au mieux les consciences collectives sur les conditions de vie aberrantes de notre société."

 

Parler de la vie

La raison principale ayant poussé les cinéastes à faire ce film réside dans le fait d'aller à l'encontre des clichés et représenter les femmes autrement que voilées et soumises. Dans Dégradés, les personnages féminins sont au centre du film et ont des joies, des peines, des problèmes quotidiens, des relations amoureuses et des opinions. Arab et Tarzan Nasser souhaitaient davantage parler de la vie en s'éloignant des sujets les plus médiatisés, comme le conflit israélo-palestinien.

 

Un petit coin de paradis

Les jeunes réalisateurs jumeaux Arab et Tarzan Nasser ont choisi de situer l'action du film dans un salon de coiffure parce qu'il s'agit d'un lieu assimilé à un petit coin de paradis dans un monde extérieur en plein chaos. C'est également un espace féminin par excellence dans une société palestinienne patriarcale. Ils expliquent : "Or, nous pensons que les femmes ont un rôle à jouer dans notre société plus important que les hommes et qu’on ne leur accorde pas suffisamment de place. Du coup, nous avons réuni treize archétypes de femmes différents : une bourgeoise, une religieuse, une étrangère qui a fini par apprécier Gaza et par s’y installer, et d’autres encore. En venant au salon de coiffure, elles sont dans un havre de paix dédié au plaisir et à la beauté, mais le contexte environnant va vite les rattraper."

 

Signification du titre

Le titre du film fait référence à la coupe de cheveux en escaliers et qui amène l’idée d’un crescendo, d’une avancée par paliers comme l'expliquent les frères réalisateurs : "Chaque élément a été pensé en «dégradé» : la narration, la lumière, les cadrages, le montage, le son, l’impact de la situation extérieure sur le salon, le sentiment d’enfermement, les enjeux des personnages, etc. Au fur et à mesure que le film avance, les murs du salon semblent se refermer sur ces femmes, et donc sur le spectateur, pris au piège. Le huis-clos est une symbolique de la situation de tous les Gazaouis qui regardent le monde extérieur sans pouvoir en sortir."

 

Pas un film politique, mais...

Arab et Tarzan Nasser ne souhaitaient pas faire un film politique mais voulaient montrer que la politique tient une place importante dans la société palestinienne, par le biais des femmes du salon qui sont très critiques vis-à-vis du monde oppressant dans lequel elles évoluent.

 

Avec humour !

Pour appuyer les sujets sérieux que Dégradé aborde, Arab et Tarzan Nasser ont ponctué le film d'humour : "L’humour est le meilleur moyen d’évoquer les sujets les plus complexes et les plus épineux. Les femmes prennent la vie avec humour. C’est particulièrement vrai lorsqu’elles se demandent comment sortir de Gaza. L’une d’entre elles répond, «Où veux-tu aller ? Même si tu réussis à passer les trois checkpoints – celui du Hamas, celui du Fatah et celui d’Israël –, on finira par te prendre pour une terroriste et par t’envoyer en prison !»", expliquent-t-il.

 

Côté casting

Les metteurs en scène voulaient pour le casting des femmes aux visages peu connus. Ils ont ainsi passé cinq mois à repérer des femmes dans des théâtres et dans la rue pour ensuite répéter pendant un mois et demi avec celles qui ont été choisies. Le but était d'éviter les clichés dans le jeu des comédiennes et faire en sorte qu’elles s’expriment dans l’arabe parlé à Gaza.

 

Lieu de tournage

Le film n'a pas pu être tourné à Gaza comme le souhaitaient Arab et Tarzan Nasser, mais dans la banlieue d’Amman, en Jordanie, qui présente une architecture un peu différente de celle que l'on peut trouver à Gaza : "On a déniché un garage et on y a construit nous-mêmes le décor du salon, avec des parois amovibles pour faciliter nos déplacements sur le plateau. Nous avions préparé tous nos mouvements d’appareil à l’avance pour gagner du temps. S’agissant des couleurs, nous avons choisi des teintes symboliques, comme le bleu des murs qui rappelle la couleur du ciel."

 

 

Difficultés de production

Dégradé a été tourné dans des conditions psychologiques très difficiles puisqu'au moment d’entrer en préparation du tournage, en juillet 2014, une nouvelle guerre s’est abattue sur Gaza et l’armée israélienne a tué des milliers de civils en trois semaines. Cette tragédie a eu des répercussions sur le film, puisque des investisseurs ont quitté le projet parce qu'il ne parlait pas directement du conflit israélo-palestinien. Mais Arab et Tarzan Nasser ne voulaient pas faire un film centré sur la mort à Gaza : ils souhaitaient parler de la vie et ont persisté dans cette voie. Le film a ensuite été tourné en cinq semaines.

Interview de l'actrice Hiam Abbass

 

Entièrement vêtue de noir, souriante et sans maquillage, dans ce café où elle a ses habitudes, près de la gare de Lyon, à Paris, Hiam Abbass a le visage franc et ce regard perçant qui ne triche pas. Depuis 1989, l'actrice palestinienne née en Israël, mère de deux enfants, est aussi parisienne d'adoption. 

 

Mais ses choix cinématographiques - Free Zone (2005), d'Amos Gitaï, Les Citronniers (2008), d'Eran Riklis, ou Héritage (2012) - l'ont souvent ramenée à sa terre natale. Née dans le village de Deir Hanna, près de Nazareth, elle a commencé sa carrière en tant que photographe, avant de faire ses premiers pas au théâtre, à Jérusalem-Est.  

 

Hiam Abbass tourne désormais aux quatre coins du monde. Elle a collaboré avec les réalisateurs Steven Spielberg (Munich), Radu Mihaileanu (La Source des femmes) ou Julian Schnabel (Miral). Dans Dégradé, réalisé par Arab et Tarzan Nasser, elle interprète le rôle d'Eftikhar, une femme divorcée qui se rend dans un salon de coiffure avant un rendez-vous galant. Et se trouve prise au piège, avec 12 autres femmes, car le Hamas et une famille mafieuse se livrent une guerre sans merci devant le salon. Hiam Abbass nous parle avec passion de cette ode à la féminité. 

 

Qu'est-ce qui vous a séduite dans Dégradé, ce premier long-métrage des frères Nasser [sélectionné à la Semaine de la critique, à Cannes, en 2015] ? 

 

Tout m'a plu chez ces frères jumeaux: leur force artistique, leur proposition visuelle, leur jeunesse - ils n'ont que 27 ans! -, leur look insolite... Mais j'ai surtout trouvé le scénario novateur et courageux. Nous ne connaissons de Gaza que des images de guerre véhiculées par les médias. Au lieu de puiser dans ce registre très prévisible, Arab et Tarzan dépeignent une réalité beaucoup plus complexe.  

La guerre avec Israël est évoquée en filigrane, mais ce n'est pas le sujet principal. Leur objectif est plutôt de faire une critique "de l'intérieur" et de réveiller les histoires endormies des habitants de Gaza. Ils plongent au coeur des familles, des couples... Dégradé me parle énormément, car, comme moi, ce film refuse la facilité. J'abhorre les oeuvres manichéennes, qui présentent les conflits avec des gentils et des méchants. Un bon scénario sait s'affranchir des clichés et des bons sentiments. 

 

 

Dans Dégradé, la vie à Gaza est examinée avec un regard féminin... 

Ce salon de coiffure, où se déroule le film, est comme une parenthèse hors du temps. Dans les sociétés arabes, les hommes ne connaissent rien du monde féminin, parce qu'ils ne s'en approchent pas. Plutôt, ils n'osent pas s'en approcher. Pour eux, c'est presque une dimension parallèle. Dégradé est un film puissant, car c'est un huis clos féminin écrit par des hommes. Les frères Nasser rendent hommage, ici, à leur mère, à leur soeur, à leur tante... Chaque personnage a plusieurs visages: la mère ne se définit pas uniquement par sa fonction maternelle. Elle peut être aussi une amie, une amante, une femme active... Et c'est précisément cette pluralité qui m'a intéressée. 

 

Mais encore? 

Enfermées contre leur volonté, ces femmes sont obligées de cohabiter. Le film fait apparaître des différences de classes sociales, des rapports de force, des débats entre les plus religieuses et les laïques, les célibataires et les femmes mariées... Le message est simple: on est condamné à vivre seul, mais aussi à rester ensemble. Lorsque l'on évolue dans une zone de conflit, on subit tous ce même sentiment d'enfermement. Quoi qu'on en dise, cela rapproche. 

 

Comment s'est déroulé le tournage? 

Il était impossible de filmer à Gaza, car le Hamas a interdit aux frères Nasser d'y retourner [NDLR: ils ont réalisé un documentaire sur la corruption et les pratiques autoritaires du parti islamiste]. Nous avons donc joué à Amman, en Jordanie, près d'une mosquée, pendant quatre semaines. Chaque fois que je faisais une pause cigarette, je sortais du décor, avec les vêtements de mon personnage, j'oubliais où je me trouvais. Les dizaines d'yeux rivés sur moi - des regards qui disent: "Vite, va te cacher!" - me remettaient à ma place. Finalement, ces scènes du quotidien faisaient écho au scénario, et à la situation des femmes dans les sociétés arabes. 

 

Vous êtes considérée depuis vos débuts comme une actrice engagée... 

Je ne m'imagine pas ainsi. Lorsque je choisis un rôle, ce n'est pas pour véhiculer un message politique ou parler de la cause des femmes. Seule la complexité de l'âme humaine m'intéresse. J'aime sonder les contradictions, les forces et les faiblesses d'un personnage. D'abord, je m'identifie en tant qu'être humain, puis en tant que Palestinienne et, enfin, en tant que femme. 

 

 

Les héroïnes de Dégradé sont partagées entre le conservatisme de la société et leur envie de changement - un thème que l'on retrouve dans Héritage, long-métrage que vous avez réalisé en 2012. Cette question vous tient-elle particulièrement à coeur? 

Bien sûr, elle nourrit mon parcours. D'un côté, la société est fragilisée par une menace de guerre permanente. De l'autre, chaque individu est en quête de sens, de modernité. Et ses désirs ne correspondent pas forcément à ce que sa famille a imaginé pour lui. Cette dialectique permanente entre le "je" et le "nous" m'intéresse énormément. 

 

Votre filmographie est imprégnée des thèmes de l'identité, du conflit. Avec le temps, avez-vous le sentiment d'être plus apaisée quant à ces sujets? 

Je n'en ferai jamais complètement le tour, car ils sont inépuisables et font écho à ce que je suis. Le cinéma me permet d'être dans un mouvement permanent, d'apprendre, de me renouveler. Et de donner de moi-même, aussi. C'est un processus de partage. Je suis née dans une zone de conflit et j'ai été élevée entre deux cultures, donc cela fera toujours partie de moi. Mes films doivent prolonger ma propre histoire. Je m'identifie à mes rôles, c'est la condition. 

 

Retournez-vous dans votre village natal? 

De temps en temps, car ma mère y vit encore. La lumière franche que l'on ne voit qu'en Galilée me manque beaucoup. Et aussi les fleurs blanches des amandiers qui emplissent la montagne au printemps, l'odeur de l'huile fraîche, au moment de la récolte des olives. Ce parfum de mon enfance voyage encore avec moi. 

 

 

Avez-vous d'autres envies de réalisation, d'écriture? 

Oui, je m'attelle à un projet assez ambitieux, à mi-chemin de la fiction et du documentaire. Je me suis rendue récemment à Naplouse, dans un camp de réfugiés, où des enfants font partie d'une troupe de théâtre. J'ai envie de mettre en lumière leur talent, dans une vie qui ne leur propose rien. 

 

Au moment des attentats de Bruxelles, le 22 mars, vous vous apprêtiez à tenir le premier rôle, au Kaaitheater, de la pièce Dans les yeux du ciel, du politologue et islamologue franco-marocain Rachid Benzine..

Nous l'avons jouée deux fois, la semaine des attentats, car nous ne voulions pas céder à la terreur. Faire vivre la culture, c'est une forme de résistance. D'autant que cette pièce porte sur la condition des femmes dans le monde arabe. C'est le long monologue d'une prostituée assassinée qui raconte son destin... Dans les yeux du ciel se donnera finalement en novembre prochain, toujours en Belgique. Puis nous ferons une tournée internationale en 2017. 

 

Selon l'écrivain israélien Etgar Keret, "au Proche-Orient, les gens ont plus conscience d'être mortels que les autres habitants de la planète". Qu'en pensez-vous? 

C'est vrai, mais pas seulement au Proche-Orient. Cela concerne tous ceux qui sont nés dans la guerre, et qui ne connaissent ni le confort ni l'insouciance. C'est un réflexe de survie qui ne nous quitte jamais, une envie de donner un sens à notre vie, pour dépasser le conflit...

 

 

L'express, Propos recueillis par Rebecca Benhamou.

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