Court (en instance)

de Chaitanya Tamhane

Synopsis

Le corps d’un ouvrier du traitement des eaux de la ville est retrouvé dans une bouche d’égout à Bombay. Narayan Kamble, chanteur folk et contestataire, est alors arrêté en plein concert, accusé d'avoir incité l’homme au suicide par l’une de ses chansons politiques et incendiaires. Un procès se met en place et s'enlise, de plus en plus labyrinthique et absurde. La cour de justice devient la caisse de résonance des tiraillements et des archaïsmes de l'Inde contemporaine.

Dossier de presse

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Le réalisateur

Chaitanya Tamhane, né à Bombay (Maharashtra) le , est un scénariste et réalisateur indien. Chaitanya Tamhane est le scénariste et le réalisateur du film marathi Court, un film de prétoire dramatique de 2014, lauréat de nombreux prix lors de festivals internationaux, nominé pour l'Asian Film Award du meilleur scénariste et sélectionné par l'Inde pour représenter le pays à la 88e cérémonie des Oscars dans la catégorie Meilleur film en langue étrangère. Le film, qui marque ses débuts directoriaux, examine le système juridique indien à travers le procès d'un chanteur folk vieillissant dans une juridiction inférieure à Bombay.

Son premier film est le court métrage Six Strands.

Critiques

 

Court, premier film du jeune réalisateur indien Chaitanya Tamhane, est le fruit d’une certaine ambition. En plus d’une observation critique du fonctionnement du système judiciaire indien et de la mise en lumière de la très relative liberté d’expression dont bénéficient les citoyens de « la plus grande démocratie du monde », Tamhane y déploie un récit tentaculaire confrontant les différentes positions sociales qu’occupent chacun des personnages. De cette volonté de tout faire à la fois naît un film certainement trop théorique, un peu froid même, mais malgré tout passionnant. Cette fiction nourrie d’inspirations documentaires, en équilibre entre drame social et film de procès, entre traits d’humour acerbes et attaques frontales, porte en effet haut et fort une forme exigeante de cinéma engagé.

 

Sur scène

 

Narayan Kamble, un chanteur contestataire, est arrêté en pleine représentation. À cause du contenu de l’un des ses textes, il lui est reproché de porter la responsabilité du suicide d’un ouvrier qu’il ne connaît pas. Si cette affaire servira de fil conducteur à Court, elle va surtout être la racine de nombreuses ramifications. Car au-delà du fond du procès, c’est de son déroulement tout autant que de ses protagonistes dont il est question. Le réalisateur privilégie à ce titre les plans d’ensemble, grands tableaux fourmillant de détails et nous plaçant à distance de la ritualisation de la justice qu’embrassent habituellement pleinement les films dits « de procès ». De la greffière qui tapote sur son portable aux personnes qui viennent déposer un ventilateur au milieu d’un discours poignant, la « réalité » ne cesse de contredire la dramatisation des échanges. Tamhane nous donne à voir la justice indienne comme une petite comédie, alors qu’elle se voudrait un grand drame. Pourtant, le fond est grave, aucun doute à ce propos. Il s’agit bel et bien d’un procès politique, visant à faire taire par tous les moyens un orateur gênant. C’est bien là que réside la plus grande question du film : comment cette triste représentation peut-elle être à ce point en deçà des enjeux fondamentaux qui la traversent ?

 

En coulisse

 

Régulièrement, nous allons nous extraire du tribunal pour suivre les personnages, l’idée étant de déplacer le regard sur les mécanismes sociaux à l’œuvre autour de ce procès. Tamhane prend ainsi le temps de s’attarder sur ce qui précède les audiences, et les suit. Il détaille le quotidien des avocats, du juge, d’un témoin, nous menant vers des enjeux nouveaux. Cette complexité d’approche a certes le problème d’ajouter encore de la distance, aucun personnage n’étant épargné par la mise à nu de son milieu social et culturel, du langage qu’il emploie et des vêtements qu’il porte. Aucune véritable empathie ne peut résister à un regard aussi pointu, d’autant qu’il dénote d’une volonté un peu écrasante de tout ramener à un certain déterminisme social. Mais ce qu’il perd en incarnation, Court le récupère en acuité du regard. Chaque personnage est ainsi observé comme se débattant avec ses propres contradictions : car nul n’est entièrement moderne ou passéiste. Rien ne se résout d’ailleurs jamais vraiment dans Court, ni les affaires, ni les intrigues secondaires. Les atteintes à la liberté d’expression comme les dysfonctionnements de la justice sont présentées comme puisant leurs racines dans un système politique et culturel empli de contre-sens insolubles. Bien conscients des limites de cette apparence de justice, tous, jusqu’au juge lui-même, semblent avoir abandonné l’idée d’une solution. Alors chacun joue sa partition du mieux qu’il peut en fonction de son environnement culturel, alimentant la mascarade. Il n’y a pas de héros, ni d’antagoniste, uniquement des personnages aspirés par un système qu’ils ne semblent jamais vouloir remettre en cause malgré son absurdité. Seul le chanteur, placé en retrait du film, semble épargné par cette grande mystification. Il est après tout le seul personnage qui assume totalement ce qu’il est, et le rôle qu’il a à jouer, et ce d’autant plus que lui seul a réellement à craindre les décisions qui seront actées. C’est à la lumière de ce constat que l’on se rend compte qu’il est plutôt question de la responsabilité politique des individus dans Court. Masquée par l’application faussement impartiale du droit, le film dévoile à quel point elles elle peut être niée par ceux-là même qui se retrouvent à juger celle des autres.

 

Critikat d' Adrien Mitterand.

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