Asphalte

de Samuel Benchetrit

Synopsis

Un immeuble dans une cité. Un ascenseur en panne. Trois rencontres. Six personnages. Sternkowtiz quittera-t-il son fauteuil pour trouver l'amour d'une infirmière de nuit ? Charly, l'ado délaissé, réussira-t-il à faire décrocher un rôle à Jeanne Meyer, actrice des années 80 ? Et qu'arrivera-t-il à John McKenzie, astronaute tombé du ciel et recueilli par Madame Hamida ?

Critiques

Des locataires sont réunis pour voter l’installation d’un nouvel ascenseur. Seul Sternkowitz (Gustave Kervern) se déclare opposé au projet, au motif que son logement est situé au premier étage. Seulement voilà, victime d’un malaise sur son nouveau vélo d’appartement, Sternkowitz revient de l’hôpital en fauteuil roulant. Cette première situation donne le ton d’"Asphalte" : des personnages solitaires vont tenter de nouer des relations amicales ou amoureuses a priori improbables.


Tandis qu’une actrice en panne (Isabelle Huppert) fait découvrir à un adolescent ce qu’était le cinéma (beau moment qui voit Isabelle Huppert contempler celle qu’elle était dans "la Dentellière") et ce qu’il peut être encore, un cosmonaute américain échoué sur le toit de l’immeuble est recueilli et choyé par une mère d’origine algérienne dont le fils est en prison.


Elle lui apprend à goûter le couscous, il lui révèle la suite de sa série télévisée préférée. Quant à Sternkowitz, la vision de "Sur la route de Madison" le conduit à se faire passer pour le photographe qu’il n’est pas, aux yeux d’une infirmière (Valeria Bruni-Tedeschi) qu’il retrouve chaque nuit à l’heure de sa pause cigarette.


Reprenant certaines de ses "Chroniques de l’asphalte", Samuel Benchetrit signe son film le plus réussi, drôle, toujours décalé, parfois pris d’une certaine langueur qui en limite la portée. Les acteurs, Kervern et Huppert en tête, sont à leur avantage.


Guillaume Loison, François Forestier, Pascal Mérigeau - Le Nouvel Observateur


Pour l’adaptation de ses Chroniques de l’asphalte (2005-2007), Benchetrit surprend. J’ai toujours rêvé d’être un gangster, Chez Gino ou Un voyage avaient connu des parcours divers ; Asphalte saura happer davantage l’attention des spectateurs. A l’instar du Hérisson de Mona Achache, de Dans la cour de Pierre Salvadori et de Carnage de Delphine Gleize, il ressort de ce film choral, de l’étrangeté, de la fantaisie, du drame, et même de pures moments de comédie.


Le cinéaste livre une oeuvre cosmique, invitant sa caméra dans l’espace, pour des scènes très convaincantes, en compagnie d’un astronaute (l’acteur Michael Pitt), tout en solitude, qui, de façon assez surréaliste, va se retrouver éjecté de son orbite, pour finir dans un bloc de béton sordide, celle d’une cité française en déliquescence. Il va même établir ses quartiers dans l’appartement d’une femme d’origine maghrébine, dont le fils est en prison. Pour l’Américain post 11 septembre qu’il représente, méfiant donc à l’égard des musulmans, c’est une ironie dépeinte comme pittoresque, alors qu’il découvre sur le mur de la chambre du fils de son hôte, un poster de Piège de cristal, le premier Die Hard avec sa tour en flamme. A l’image des autres habitants de cette zone de délabrement habitée, cette femme qui va calmer ses craintes, vaque aussi à oublier la solitude, en regardant des soap opéras bidons à la télévision. Sa complicité naissante avec l’Américain qui dépasse la frontière de la langue, est émouvante. Le gaillard en combinaison blanche qui sonne à sa porte, est une figure quasi divine à ses yeux, inespérée en tout cas, dans son quotidien morne, celui d’un bâtiment lugubre où l’ascenseur refuse de faire la liaison entre les étages et donc les habitants.


D’autres récits comme celui-ci s’entrecoupent autour des thèmes centraux de l’abandon et de la nécessaire solidarité. Celui qui refuse l’entre-aide, le personnage joué par l’étonnant Gustave Kervern dans un rôle évoquant celui, dépressif, qu’il interprétait dans Dans la cour, sera, comble de l’ironie, la victime cruelle de son égoïsme, dont il fait montre en ouverture du film lors d’une scène fort jubilatoire. Ainsi refuse-t-il de participer aux frais d’entretien de l’ascenseur, puisqu’il vit au premier étage. Il se retrouve donc interdit d’accès de cette commodité, dont il va pourtant avoir un besoin vital, puisqu’il se retrouve handicapé à la suite d’un malaise cardiaque. Il l’empruntera pourtant sournoisement la nuit, pour aller essayer de remplir son estomac, alors que son réfrigérateur est désespérément vide. Et il fera une rencontre somme tout belle de simplicité, et donc particulièrement touchante, avec une infirmière de nuit, autre être esseulée qui hante cette constellation de petites gens à l’abandon. Dans ce rôle, Valeria Bruni Tedeschi est magnifique.


Parmi tous les récits qui s’entrecoupent dans l’étrangeté, celle d’un bruit non identifié qui traverse toutes ces histoires, avec à chaque fois une interprétation différente sur son origine, l’on n’oubliera pas de mentionner la relation entre l’adolescent délaissé par sa mère et la nouvelle voisine de palier, une actrice très froide, ancienne gloire oubliée, jouée par Huppert. L’actrice livre comme toujours quelques grands moments dont elle a le secret, dans des registres parfois différents, mais n’étouffe pas de sa présence le jeune acteur qui est face à elle, à savoir Jules Benchetrit. Le fils du réalisateur et de Marie Trintignant, révèle un charisme évident. Il est la grande révélation de cette oeuvre poétique, dans laquelle on aime se lover, rire et partager l’émotion réelle de personnages qu’on apprend à approcher avec une certaine tendresse. En cela réside la force d’Asphalte, petite production française que l’on aimera porter longtemps dans nos cœurs.


Frédéric Mignard - aVoir-aLire.com

Entretien avec le réalisateur

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