Amy

de Asif Kapadia

Synopsis

Authentique artiste jazz dotée d'un talent unique au sein de sa génération, Amy Winehouse se servait de ses dons pour l'écriture et l'interprétation afin d'analyser ses propres failles. Mais l'attention permanente des médias et une vie personnelle compliquée associées à un succès planétaire et un mode de vie instable ont fait de sa vie un château de cartes à l'équilibre précaire... Avec les propres mots d'Amy et des images inédites, Asif Kapadia nous raconte l'histoire de cette incroyable artiste.

Critiques

"On connaît la fin de l'histoire, et elle est triste. Cela donne à "Amy", exemplaire documentaire sous amphétamines de plus de deux heures, signé Asif Kapadia ("Senna") et consacré à la brève vie d'Amy Winehouse, icône calcinée, la dimension d'un conté prophétique."

 

Danièle Heymann - Marianne

 


Un documentaire controversé, un hommage reconnu


Au cinéma, un film en appelle souvent un autre. En présentant Senna en 2010, le réalisateur Asif Kapadia, le producteur James Gay-Rees et le monteur Chris King ne se doutaient pas que David Joseph, PDG d’Universal Music Royaume-Uni, leur demanderait de s’attarder sur la vie mouvementée et la carrière époustouflante d’Amy Winehouse. 

Présenté en Sélection officielle au Festival de Cannes, Amy dresse le portrait d’une artiste complète, mettant en valeur la beauté et la profondeur de ses textes là où le public francophone s’attarderait essentiellement sur ses prestations vocales, en se défaussant du sens caché des titres mythiques comme Rehab, Back to Black ou You know I’m no good.

 

En retraçant la confection de l’album Back to Black aux 11 millions d’exemplaires vendus dans le monde, et en partageant la vision d’Amy Winehouse sur sa vie, sa célébrité et ses relations personnelles, y compris avec son mari Blake Fielder-Civil, le documentaire livre un portrait complet, d’une incroyable profondeur et d’une grande sincérité. Car ce film d’amour, déclaration pleine de respect d’un réalisateur impartial, livre des témoignages et des images inédites qui parlent d’elles-mêmes.

 

C’est ce qui rend ce documentaire si singulier : l’opinion du public n’est jamais orientée. Le spectateur n’a qu’à profiter des documents d’archives, des images intimes et des témoignages des proches de la chanteuse, de son mari, de ses ex, mais aussi de ses parents. Le travail de montage joue un rôle essentiel : Chris King a réalisé une œuvre magnifique, influencée notamment par l’approche musicale du cinéma bollywoodien ; les chansons et leurs paroles sont la colonne vertébrale du film, alors que les entretiens structurent la narration.

 

L’émotion des intervenants, palpable à travers leurs voix, ne fait que renforcer le dispositif visuel. Ainsi, aucune des protagonistes interviewés n’est visible à l’écran. Seule la vérité profonde de l’artiste a de l’importance, Amy Winehouse est donc de tous les plans. Le spectateur se laisse ainsi happé par les images, transporté dans l’univers singulier d’une artiste unique. Les documents amateurs offrent au film une authenticité incomparable. L’image n’est certes pas parfaite, mais la mosaïque audiovisuelle apporte au film une grande fluidité et met encore plus l’accent sur l’artiste.

 

Dans ce film où l’émotion est forcément au rendez-vous, tant chaque spectateur aura envie de retenir Amy Winehouse et de la sauver de la pente descendante qui l’a conduite à la mort, il reste avant tout son génie, son sourire, sa démarche cathartique dans chacun de ses titres... En situant l’artiste dans son époque, Amy ne cache rien de ses pathologies sous-jacentes, de ses souffrances et des joies d’une jeune femme qui est devenue, bien malgré elle, un phénomène de société. Le bon équilibre est toutefois trouvé, entre ses chansons, ses joies et les épreuves qui l’ont fragilisée. Le film témoigne de la vérité profonde de l’artiste, sans gâcher le propos par un jugement quelconque, qui serait mal placé.

 

Si les chansons d’Amy Winehouse constituent son testament, ce portrait, agrémenté d’images inédites, le complète admirablement. C’est là toute la force d’une oeuvre qui, à l’instar de la vie de la chanteuse, s’arrête beaucoup trop tôt. Rideau.

 

Virginie Morisson - aVoiraLire.com



Les Inrocks pour la sortie de l'album "Back To Black" en 2007


“I heard it through the Winehouse”, pourrait-on dire en détournant le titre d’un chef-d’œuvre immortalisé par Marvin Gaye : 2007 fut une année soulful et girly. Avec les beaux disques de Mavis Staples, Bettye Lavette, Sharon Jones, Nicole Willis ou des Sweet Vandals, les filles ont fait la fête à la soul. Et la cerise (à l’eau de vie) sur le gâteau fut bien sûr le second album d’Amy Winehouse, résolument soûle.


Pour la chanteuse anglaise, les beaux jours sont arrivés au printemps avec un tube rétro, sexy et sulfureux, l’irrésistible Rehab. On se serait cru revenu en 1964, quand les Supremes ou Martha & the Vandellas faisaient danser la terre entière en chantant la romance amoureuse et les vagues de chaleur. Bon, au niveau du texte (“Ils ont essayé de m’envoyer en détox, j’ai dit non non non”), c’était moins romantique. Mais vécu quand même. Rapidement, la personnalité top destroy d’Amy Winehouse a éclipsé Back to Black. Cet été, on l’aurait bien mariée à Pete Doherty, pour le pire et pour le pire. Droguée, alcoolique, incontrôlable, grande gueule, amateure de McDo, la nouvelle diva soul aurait pu finir par rejoindre la serpillière Britney Spears dans le cloaque des icônes du rien.


Quand on a dit ça, il est temps de revenir à la musique, back to Back to Black. Ça commence donc avec Rehab. Et ça finit par Addicted. La dame a de la suite dans les idées. La trajectoire est cohérente. En marche arrière. La soul d’Amy Winehouse n’est pas hip-hop, pas R&B, pas moderne ni postmoderne. Son disque est très bien produit, mais à l’ancienne, avec des cordes, des cuivres, des chœurs, du piano, sans gadgets de tuning formatés pour MTV. Sa musique est rétro, sertie dans l’âge d’or, les années 50-60, de Etta James à la Motown en passant par Dusty Springfield et le blue-beat jamaïcain.


Si Amy Winehouse est aussi larguée dans sa vie, c’est peut-être parce qu’elle est née au mauvais endroit (la banlieue de Londres) au mauvais moment (1983). En vrai, elle est une fille de Memphis, le spectre de Spector hante sa musique. Comme Kylie Minogue, Jennifer Lopez, Olivia Ruiz ou Kirikou, Amy Winehouse est petite, mais elle est vaillante. Elle écrit ses chansons elle-même, les vit et les chante avec ses tripes, son petit cœur de jouvencelle et sa vieille gouaille.


Si Back to Black mérite largement de se trémousser dans le peloton de tête des classements de fin d’année, ce sera aussi grâce à sa réédition en version 2 CD. Sur le deuxième disque, constitué de versions enregistrées à la radio (dont une magnifique reprise du Valerie des Zutons), de titres inédits et de la bouleversante demo de Love Is a Losing Game, Amy Winehouse chante la soul et le blue beat comme sur une bonne vieille compilation Trojan. Biberonnée au jazz depuis sa plus tendre (?) enfance, Amy Winehouse est une sorte de chanteuse néoclassique, intemporelle. Son œil fardé de biche bitchy ne sait pas mentir : cette fille est une très grande romantique. Peut-être même incurable. 


Stéphane Deschamps - Les Inrockuptibles

 

Entretien avec le réalisateur

Amy semble être un film consacré à Amy Winehouse mais aussi à son époque…

Avant de réaliser le film, je ne m'intéressais pas particulièrement à Amy Winehouse ni à sa carrière. Je veux dire par là que je connaissais ses chansons et que, comme tout le monde, j'avais connaissance, par la presse, de ses difficultés. De plus, j'ai longtemps vécu dans un quartier très proche du sien, dans le nord de Londres, mais c'est à peu de choses près, les seuls liens que j'avais avec elle, ce qui est très peu. Pour ce film, c'est le label d'Amy [Universal, NDLR] qui est venu à moi et m'a proposé le projet. Ils avaient vu et aimé mon précédent film, consacré à Ayrton Senna.


Il y avait un cahier des charges ?

Non. Je n'aurais pas accepté dans ce cas. Avant de me lancer, je leur avais dit que je poserais toutes les questions, et elles étaient nombreuses, mais que je ne savais pas où tout cela allait nous mener. Dès que j'ai commencé à travailler, j'ai été surpris par le caractère extrême de tout ce qui tournait autour d'elle, comme les éléments d'un drame. Ensuite, j'ai fait comme je fais toujours : à l'instinct.


Le travail de recherche des images a probablement été considérable…

Vous n'avez pas idée… Des centaines d'heures. Mais ce n'était pas surprenant et, d'une certaine manière, cela m'a rassuré. Comme tous les documentaristes, je considère que plus il y a de matériel, mieux c'est. Quand on veut construire un documentaire comme un drame, ce qui semblait convenir à l'évocation du destin d'Amy, cette abondance de matériel permet de nombreuses possibilités de montage. Bien entendu, on ne sait pas quel film on a entre les mains avant d'avoir tout vu. Sur ce point précis, j'ai eu également toute liberté. Les producteurs n'attendaient pas le film à une date précise, j'aurais été bien incapable de leur en donner une.


Vous avez interrogé une centaine de personnes. Certains témoins ou proches ont-ils refusé de témoigner ?

Oui. Ils se comptent sur les doigts d'une main. Je le regrette bien sûr mais, compte tenu de tous les témoignages que nous avons récupérés, j'ai tendance à penser que ceux qui nous ont fait défaut n'auraient pas changé grand-chose au film. Le seul personnage qui manque vraiment et qui, j'en suis certain, aurait pu livrer une vision singulière d'Amy, c'est son frère aîné, Alex. Mais il n'a pas répondu à nos appels. C'est Mitch, le père, qui m'a dit qu'Alex ne souhaitait pas me parler. Point final.


Justement, quelles sont vos relations aujourd'hui avec le père d'Amy Winehouse, qui a fait des déclarations très critiques envers le film ?

Ce n'est pas simple, comme vous pouvez l'imaginer, mais je ne souhaite pas vraiment faire de commentaires sur ce point. Je constate surtout que ceux qui ont découvert le film se rendent compte de la complexité de cette histoire tragique.


Dans une interview donnée au Guardian, Nick Shymansky, qui a été le manager d'Amy, disait qu'il avait découvert dans le film certains aspects de la vie de la musicienne qu'il ne connaissait pas…

Il n'est pas le seul proche d'Amy dans ce cas. En fait, j'ai le sentiment que personne, même le cercle intime, ne voyait le problème dans son intégralité. Dans le film, nous avons croisé les informations et les témoignages, mais personne d'autre n'était vraiment en position de le faire. Nick, qui nous a beaucoup aidé, a été surpris par cette dimension. Je me souviens que lorsque je lui disais que j'allais interviewer telle ou telle personne, il me répondait parfois : « Qui ? Je n'en ai jamais entendu parler. » Ce qui signifiait que cela n'avait aucun intérêt. Or, une des dimensions les plus fascinantes d'Amy était justement qu'elle compartimentait sa vie de façon très hermétique. C'est aussi une des raisons pour lesquelles les témoins proches ne se rendaient pas vraiment compte de l'ampleur de sa consommation d'alcool, mais aussi de drogue.


Amy Winehouse est-elle la première star de l'ère selfie et YouTube ?

Elle est surtout la première à en avoir autant subi les conséquences. Je pense que même Britney Spears ou Lindsay Lohan, qui n'ont pas été épargnées, n'ont pas subi ça. Amy n'a pas eu de chance : le monde changeait et c'est elle qui en a été la principale victime. La dépression était sans doute en elle mais je ne sais pas qui peut résister à cela. Ce qui m'intéresse beaucoup, c'est que le film montre des facettes que nous ne connaissions pas : le fait qu'elle soit une aussi bonne guitariste en plus d'être une auteure fantastique, dotée d'un tel sens de l'humour.


A partir de cette expérience, à une époque où tout le monde filme et se filme sans cesse, pensez-vous que cela va changer le travail du documentariste ?

Je ne suis pas très inquiet à ce sujet : j'aurai toujours du boulot. Beaucoup de gens filment, tout et tout le temps, mais ils n'ont pas toujours quelque chose à dire. Le fait de disposer de tout ce matériel est intéressant mais on sait ce qu'on veut dire seulement lorsque le film est achevé. Pas avant. Cela dit, que ce soit pour Senna ou pour Amy, je me suis rendu compte que beaucoup de gens possédaient des images sur leur ordinateur, mais qu'elles n'étaient plus exploitables à cause des changements de formats. C'est assez extraordinaire parce que nous sommes tous persuadés du contraire. Que les images que nous stockons sur nos disques durs sont éternelles. En fait, rien ne vaut la bonne vieille bobine de celluloïd.


Back to Black - Live

Entretien avec Amy Winehouse

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